Opinions
Une chronique d'Armand Lequeux.



S’agit-il vraiment d’un besoin ? Mourrons-nous tous d’épuisement si nous supprimons les vacances ?


J’ai besoin de vacances ! Ce sont sans doute les écoliers, les étudiants et leurs enseignants qui expriment cette évidence avec le plus de vigueur, mais quand vient l’été elle est partagée par la plupart d’entre nous. Et si nous contestions cette évidence ? S’agit-il vraiment d’un besoin ?

Le Larousse définit le besoin sous deux aspects complémentaires : d’une part comme une chose considérée comme nécessaire à l’existence et d’autre part comme un sentiment de privation qui porte à désirer ce dont on croit manquer. Ces définitions ont le mérite d’accorder une place à la subjectivité (la considération et la croyance) en dépassant la signification purement physiologique du besoin.

Dans la vraie vie, qui ne s’embarrasse guère du dictionnaire, nous avons cependant tendance à faire glisser ce que nous ressentons comme un besoin du côté de la nécessité vitale comme respirer, boire et manger. Supprimons les vacances et nous mourrons tous d’épuisement, grillés vifs dans un burn-out généralisé ! Il n’en est rien évidemment. Mes grands-parents n’ont jamais pris de vacances et il en est de même aujourd’hui pour des centaines de millions de personnes à travers le monde.

Je n’ai rien contre les vacances et j’en profite allègrement, mais je crois qu’il est bon de se rappeler qu’il s’agit d’une heureuse et chanceuse opportunité avant de les goûter comme un cadeau à vivre et non comme un besoin d’enfant gâté à satisfaire. Les vacances, si nous avons le privilège d’en bénéficier, pourraient être l’occasion de remettre en question certains de nos choix de vie à la lumière de ce que nous considérons sans doute trop vite comme des nécessités.

Nos désirs sont infinis, le génie du marketing et de la publicité consiste à nous faire croire qu’ils peuvent être métamorphosés en une infinité de besoins matériels au risque de nous rendre perpétuellement frustrés et de transformer notre civilisation en un immense centre de commerce et de loisirs qui fermera ses portes à jamais quand nous aurons épuisé toutes les réserves de la planète.

Qu’est-ce que la mode sinon la vitrine de tout ce que nous devrions posséder pour être heureux ? Faut-il donc la suivre aveuglément ? Simplicité volontaire et sobriété heureuse pourraient s’incarner doucement dans nos existences et quitter les concepts abstraits avec lesquels nous nous donnons si facilement bonne conscience. Nous devons à Maslow la construction d’une pyramide théorique des besoins humains. A la base, les besoins physiologiques nécessaires à l’existence et le besoin de sécurité : nous y travaillons toute l’année. Au sommet, les besoins d’appartenance, de reconnaissance et d’accomplissement personnel : y veiller peut devenir un beau projet de vacances !

Elles pourraient être l’occasion de reprendre tout simplement contact avec la nature et de sentir que nous lui appartenons. La vague qui vient le soir mourir sur la grève tout comme l’oiseau qui réveille le soleil avant l’aube font partie de nous et participent comme nous à la vie de notre petite planète bleue.

Les vacances pourraient aussi nous permettre de nous recontacter à cet étranger que nous sommes pour nous-mêmes. Nous passons notre année à nous inquiéter du comment vivre, osons nous demander pourquoi et pour qui nous continuons à vouloir vivre.

Les vacances sont un moment privilégié pour retrouver nos proches, pour leur dire que nous les aimons et qu’ils sont importants pour nous. Qui suis-je pour vous ? Qui êtes-vous pour moi ? Le sens de notre vie se cache peut-être dans les traces que nous laissons dans celle des autres et dans les graines que nous y avons semées à notre insu.

Vive les vacances, un bon moment pour le "jardinage".