Opinions Le regard du prêtre

Il y a peu, j’écoutais à la radio un débat, organisé dans la foulée de la décision espagnole de restreindre la dépénalisation de l’IVG. Deux politiciennes belges, appartenant à des formations politiques différentes, y participaient dans une belle unanimité. L’une d’entre elle, déclara à propos de la question de savoir à partir de quand il y a vie humaine à protéger : "C’est une façon de nous ramener à un débat qui est sans fin et qui est d’ailleurs, à mon sens, complètement sans intérêt. Ce qui prévaut est […] d’être dans les conditions les meilleurs possible pour vivre. Qui mieux que la femme elle-même peut en juger ? Cette façon de tenter avec des arguments philosophico-scientifico-religieux de nous mettre une barrière à partir de quand a-t-on affaire à un être humain […] ça n’a rien à voir. Le débat n’est pas là. C’est une façon de nous faire régresser, de contourner les droits qui, appartiennent avant tout à ceux qui sont là et qui vont assumer la situation… Je ne suis pas plus prêt qu’il y a trente ans à entendre ces arguments." Intentionnellement ou par emportement, ici est atteint le degré zéro de la réflexion politique. Et ce, avec un curieux mélange entre individualisme (le libre choix est central - nulle mention de délai) et collectivisme (tout argument contraire est inaudible).

Pourtant - que cela plaise ou non - le statut de l’humain à naître est bien l’enjeu philosophique au cœur du débat sur l’avortement. Et ceci, quelles que soient les conclusions politiques tirées ensuite. Ainsi, parce qu’il ne nie pas cet enjeu, je puis parfaitement entendre les arguments - sans pour autant le suivre dans toutes ses conclusions - énoncés par cet ami, professeur en philosophie à l’ULB : "L’interruption volontaire de grossesse est certes un sujet sérieux. La question de la limite, ou plutôt de l’impossibilité de fixer la limite, entre la vie et la mort, a toujours fait l’objet de grands débats. Il n’est aucune société durable qui ne pose la question des curseurs balisant les moments cruciaux de l’existence. […] On n’est pas humain parce que les autres le décident…"

Trois remarques en guise de conclusion :

1

 Récuser le principe même d’un débat sur l’avortement, au motif que la question fut tranchée politiquement il y a des années, ne fait pas honneur à la démocratie. N’est-il pas curieux que ce soient souvent des intellectuels se déclarant sans religion, qui sacralisent des lois éthiques, afin d’exclure "tout retour en arrière" au nom d’un bien curieux dogme du progrès ? Progrès qui va dans un seul sens - le leur, bien entendu.

2

 Déclarer que la question du statut de la vie humaine à naître n’a pas de sens, parce qu’il s’agit d’une question philosophique, est grave. Le politicien qui - dans les débats éthiques - préfère le slogan à la réflexion, contribue à créer une civilisation du superficiel.

3

  Dans le cadre de l’euthanasie, l’opinion parle de "dépénalisation". Au nom de la même logique, je récuse le glissement sémantique opéré par ceux qui défendent "le droit à l’avortement", plutôt que "la dépénalisation de l’avortement". Comparaison n’est pas raison - mais même les avocats d’une dépénalisation de la consommation de cannabis, ne réclament pas "un droit" de fumer des joints pour leurs adolescents.

En plus de vingt années de prêtrise, j’ai accompagné nombre de femmes ayant avorté. Les stigmatiser n’est ni humain ni chrétien. Mais banaliser un acte qui touche à la vie naissante, est ne pas les respecter dans leur quête de vérité et de paix.


 Blog d'Eric de Beukelaer: http://minisite.catho.be/ericdebeukelaer/