Opinions
Une chronique d'Armand Lequeux.


Un séducteur qui tente sa chance sur tout ce qui bouge au féminin ? Ce n’est ni amusant ni inoffensif.


Si vous êtes un tant soit peu sensible aux bruissements de notre environnement médiatique et, a fortiori, si vous êtes lecteur de "La Libre" (cf. pages débats du 17/10), vous connaissez ce hashtag #balancetonporc lancé par la journaliste Sandra Muller en écho à ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’affaire Weinstein.

Comme d’autres, j’applaudis à la dénonciation des harcèlements sexuels qui peuvent provoquer à court et à long terme des traumatismes considérables. Comme d’autres, je n’accepte pas l’appel à la délation qui abaisse la victime au niveau de celui qu’elle dénonce. Dans un état de droit on ne répond pas à la violence par la violence et l’arbitraire, on porte plainte… même s’il faut reconnaître qu’il y a encore des progrès à faire pour améliorer l’accès à la justice dans notre pays. Comme d’autres, je m’interroge sur ce qui transforme des hommes laids et riches en prédateurs. Je pense à DSK, à Donald Trump et à tant d’autres ! S’agit-il d’addictions qui convoquent la psychopathologie au chevet de ‘’malades’’ ou d’actes criminels qui interpellent la justice à propos de ‘’coupables’’ ? Les deux sans doute et cette imprécision ne nous aide pas à donner sens à ces comportements déviants qui ne concernent d’ailleurs pas que les leaders dopés à la testostérone du pouvoir et au narcissisme de la reconnaissance sociale. Les petits chefs minables sont pareillement doués pour la promotion canapé et le droit de cuissage.

Comme d’autres, j’en appelle à l’éducation qui a la mission d’apprendre aux filles que leur corps leur appartient et qu’elles ont le droit de dire non, alors que les garçons ont le devoir de respecter leurs refus sans insister lourdement. On oublie peut-être d’apprendre aux garçons que leurs envies sexuelles mâles ne sont pas des besoins impérieux et que les filles ne sont pas là pour les soulager. La sexualité est mue par une pulsion puissante qui demande à être canalisée mais qui ne relève pas d’une nécessité physiologique qui nécessiterait d’être transformée en passage à l’acte.

Enfin, nous devrions peut-être inviter les hommes à balancer leurs potes ! Non je ne fais pas un appel à la délation, mais à la critique de cette espèce de complicité virile qui considère qu’un homme, un vrai, celui qui aime le foot et la Jupiler, doit être un séducteur qui tente sa chance sur tout ce qui bouge au féminin à l’aide de remarques grivoises et de propositions plus ou moins salaces. Cessons de considérer ces comportements comme amusants et inoffensifs. Si nous rions, nous sommes du côté du goujat et nous aggravons l’humiliation de la victime. Retenons l’étymologie du verbe séduire (détourner du droit chemin) et la définition du Larousse : exercer sur quelqu’un les moyens de plaire, en particulier pour l’abuser…

Nous sommes, reconnaissons-le, plus prompts à faire de beaux discours vains et généreux à propos de causes lointaines, voire exotiques, qu’à nous indigner au sujet de comportements inadéquats et concrets sur notre lieu de travail, dans nos familles ou pendant nos loisirs. Il est plus aisé et moins risqué de dénoncer la maltraitance subie par les Rohingyas de Malaisie que de dire stop à un copain, un collègue ou un chef hiérarchique. Ne sous-estimons pas moins le pouvoir de nos indignations que l’étendue de notre lâcheté ordinaire. Porter assistance à personne en danger d’humiliation, de harcèlement ou d’abus demande d’abord que l’on puisse s’imaginer ce que l’on ressentirait à sa place et, ensuite, que l’on puisse faire preuve d’un vrai courage. Les héros du quotidien ne portent pas tous la cape de Superman !

Laissons à Isabelle Adjani la responsabilité du mot de la fin. "En France, il y a les trois G : Galanterie, Grivoiserie, Goujaterie. Glisser de l’une à l’autre jusqu’à la violence en prétextant le jeu de la séduction est une des armes de l’arsenal de défense des prédateurs et des harceleurs."