Opinions Une chronique de Jan de Troyer


Theo Francken se sent soutenu silencieusement par une bonne partie de l’opinion publique. Sa déclaration grossière soutient son profil de parfait candidat à la présidence de la N-VA.

Il était prévisible que la N-VA et son secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration, Theo Francken, allaient provoquer un déferlement de critiques en refusant (malgré un arrêt de la cour d’appel assorti d’une astreinte) d’octroyer un visa humanitaire à une famille syrienne. Le parti de Bart De Wever en a même remis une couche, en disant que certains juges sont "déconnectés du monde". Reste à savoir quelles sont les vraies raisons stratégiques derrière ce bras de fer avec le pouvoir judiciaire.

Ce n’est pas la première fois que Theo Francken cherche la confrontation par la provocation. Il a récemment annoncé qu’en 2018, lors des élections communales, la N-VA pourrait briser le cordon sanitaire. Avant lui, son chef de groupe à la chambre, Peter De Roover, avait déjà évoqué une situation hypothétique dans laquelle une majorité N-VA + Vlaams Belang serait en position de réaliser l’indépendance de la Flandre. Mais ce que Theo Francken a déclaré n’est pas de la science-fiction politique. Dans son cas, il s’agit d’une option pragmatique et réaliste, notamment à Anvers.

Depuis que le vice-Premier ministre CD&V Kris Peeters a annoncé qu’il figurera en 2018 comme tête de liste aux élections communales, les partis flamands sont en train de placer leurs pions dans la guerre pour le mayorat d’Anvers. En abandonnant le recul que Bart De Wever a toujours pris, avec beaucoup d’insistance d’ailleurs, face à l’extrême droite, la N-VA a fait comprendre qu’elle est prête à tout pour garder le pouvoir au sein de la plus importante ville flamande. Au cas où Kris Peeters serait tenté par l’écharpe de bourgmestre, la N-VA n’hésitera pas à chercher une autre alliance sur sa droite.

Doit-on d’ailleurs croire à une pure coïncidence quand on a vu peu après le jeune président du Vlaams Belang, Tom Van Grieken, faisant grand bruit face aux caméras, réprimander le parrain du parti, Filip Dewinter, pour avoir rencontré Aube dorée en Grèce ? Le Vlaams Belang de la nouvelle génération s’est manifesté exactement au bon moment.

Fait plus important encore : le protagoniste de ces remous n’était pas le président de la N-VA, mais bien Theo Francken. Jusqu’à cette dernière semaine, Bart De Wever avait adopté un profil remarquablement bas. Déjà en 2015, il avait annoncé qu’il voudrait quitter la présidence du parti. A l’époque, tout le monde se demandait qui aurait la carrure pour le remplacer. On connaît aujourd’hui la réponse. La seule personnalité incontestable qui émerge actuellement du lot et qui peut soutenir la comparaison avec Bart De Wever s’appelle Theo Francken.

Chaque fois qu’il a été invité par la VRT et par les médias néerlandophones à défendre sa politique en matière d’immigration, le secrétaire d’Etat s’est montré fin stratège. Devant le drame humain des expulsions de demandeurs d’asile, il a joué de façon parfaite le rôle du responsable politique obligé de faire la distinction entre ses émotions ou sympathies personnelles et les décisions nécessaires (aussi pénibles soient-elles) pour gérer une problématique qui ne permet pas de solutions faciles.

M. Francken se sent soutenu silencieusement par une bonne partie de l’opinion publique, non seulement quand il dit que la Belgique ne peut pas héberger toutes les familles en danger mortel, mais aussi quand il dit que les juges sont déconnectés du monde et ne peuvent pas faire la loi. A l’âge du "trumpisme", une telle déclaration grossière, suscitant la condamnation unanime par l’ensemble de l’establishment politique, ne peut que soutenir son profil de parfait successeur de Bart De Wever. La campagne "#IksteunTheo" (je soutiens Theo, NdlR) lancée sur Twitter par la N-VA le prouve. C’est sa campagne pour la présidence du parti. La seule question est de savoir si la relève se fera avant ou après les élections communales de 2018.