Opinions

Une opinion de Maximilien Jacquemin, étudiant en ventes internationales et marketing management.

Près de sept ans après l’attaque à la grenade visant des étudiants, la Cité Ardente est à nouveau plongée dans l’horreur. Trois personnes ont été froidement abattues, dont deux policières et un jeune étudiant. L’auteur des faits, abattu par la police, était incarcéré pour des faits de vols qualifiés et de petits trafics de drogue, et bénéficiait pour la énième fois d’une permission de sortie afin de se rendre à un rendez-vous de reclassement. Alors que ses premières sorties se sont passées sans encombres, il en a profité pour commettre le pire.

Beaucoup s’indigneront à coups de "Mais que foutait-il hors de prison alors qu’il n’avait pas purgé sa peine et qu’il était considéré comme dangereux ?". Bien que cette question semble légitime, elle passe totalement à côté de la vraie question : comment se fait-il que nous soyons incapables de réhabiliter nos détenus ?

La "case prison"

Pour y répondre, il faut s’interroger sur le rôle que doit jouer le milieu carcéral dans nos sociétés. La "case prison" doit-elle avoir pour seule finalité la punition, ou doit-elle viser la réhabilitation des détenus et leur réinsertion dans la société ? Alors que la réponse à cette question est éminemment idéologique, tout le monde sera d’accord pour dire que la prison a pour but de protéger la société face aux personnes lui ayant nui et susceptibles de lui nuire à nouveau.

Le meilleur moyen d’évaluer la capacité qu’a un système carcéral de protéger la population repose dans le taux de récidive des détenus à leur sortie de prison. Il nous permet de déterminer la mesure dans laquelle le système en question a été à même de faire d’un détenu un citoyen productif et réintégré dans la société.

48,2%. C’est le taux de récidive moyen en Belgique. Visiblement, nous ne sommes pas encore parvenus à trouver la solution optimale. Prenons donc l’exemple de deux pays dont le modèle carcéral est aux antipodes l’un de l’autre : les États-Unis, et la Norvège.

Les États-Unis, connus pour leur système carcéral ultra-répressif et leur incarcération de masse, accusent un taux de récidive de 80%. La Norvège, elle, peut fièrement arborer un taux de récidive de 20%. La différence entre les deux systèmes ? Un mot : l’Humanité. Alors que le système carcéral américain fait régner l’ordre par la violence physique et verbale au sein de ses prisons, dans une atmosphère écrasante de suspicion et de contrôle, la Norvège privilégie l’accompagnement individuel et personnalisé de chaque détenu, dans le dialogue et la confiance.

Dans le documentaire "Breaking the Cycle" comparant ces deux régimes carcéraux, un détenu norvégien prononça une phrase qui résume parfaitement la situation : "Beaucoup de gens pensent que nous sommes trop bien traités ici, mais ils vous faut comprendre quelque chose : si vous traitez mal les [détenus], que se passera-t-il quand ils sortiront de prison ? Ici, les gens réalisent qu’ils sont doués à d’autres choses que ce qu’ils avaient l’habitude de faire avant". Un gardien, norvégien également, a déclaré : "Nous protégeons la société, mais en même temps, nous essayons d’opérer un changement chez les détenus". Et la voilà, la clé.

La situation de nos prisons en Belgique est catastrophique

Dans la prison de Halden en Norvège (prison à sécurité maximale, entendez bien), les détenus ont pu ouvrir leur propre restaurant. Ils apprennent à se servir de matériel de mixage audio, apprennent à jouer de la musique, peuvent suivre des cours, et cuisinent leurs repas ensemble. Ce même gardien de prison explique cela en affirmant que "la prison doit ressembler le plus possible à la société".

En prison en Belgique, un journal coute 8€, 40% des détenus sont en détention préventive (ils sont donc toujours présumés innocents), sur 10000 détenus, entre 15 et 20 se suicident chaque année (ce taux est 7 à 11 fois plus élevé que dans la société civile), 40% des détenus qui se suicident sont en détention préventive, il y a trop de détenus pour le nombre de places disponibles, et les rats courent librement dans les cellules. En d’autres mots, en rien nos prisons ne ressemblent à la société libre.

Vous l’avez compris, la situation de nos prisons en Belgique est catastrophique. Les moyens déployés pour l’accompagnement des détenus sont quasi inexistants, ou parfaitement insuffisants. Notre pays est régulièrement condamné par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour traitements inhumains. Le Comité pour la Prévention de Torture et des traitements inhumains et dégradants du Conseil de l’Europe nous dit que la simple création de places supplémentaires en prison (Masterplan III) n’est pas une solution de long terme, mais que "le seul moyen fiable de réduire le surpeuplement consiste à adopter des politiques destinées à limiter ou à modérer le nombre de personnes en détention".

Le choix de l'intelligence

Nos détenus ont besoin d’un accompagnement de qualité, d’un accès à la culture, de pouvoir se former à un travail qui a du sens. Ils doivent pouvoir se préparer à leur sortie de prison.

Deux choix s’offrent à nous aujourd’hui.

Le premier est celui de nous laisser tenter par des solutions populistes : peines incompressibles, rallongement des durées de peine, complexification des conditions pour l’obtention de la libération conditionnelle, diminution des permissions de sortie, rétablissement de la peine de mort, etc.

Le second est celui de l’intelligence, de l’apprentissage et de l’avancement vers une société dans laquelle chaque détenu occupe une place active au sein de la société.

Inspirons-nous de systèmes qui ont fait leurs preuves, les exemples ne manquent pas. Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, posez-vous égoïstement la question : " Et si un ancien détenu venait à devenir mon voisin, ne voudrais-je pas qu’il soit réinséré ? "