Opinions

Ddécidément le Palais multiplie ces temps-ci les initiatives et les innovations. Après quelques ouvertures sympathiques et utiles à la société civile, après des avancées progressives vers les médias (et nous sommes bien placé pour savoir, `aux marches du Palais´, qu'il est désormais possible de vivre de près `la grande maison´ du grenier à la cave, sans censure ni autocensure, pour autant que l'on présente un projet solide et que l'on soit crédible), voici en première, une interview de la Reine, à l'occasion de son soixante-cinquième anniversaire et de la fête du Roi.

Certes, on en est encore aux premiers balbutiements de cette nouvelle pratique de la communication; certes l'interview se limite encore à un échange de questions et de réponses par écrit (notre petit doigt nous dit que notre excellent confrère du `Laatste Nieuws´ Luc Van der Kelen n'est pas étranger à beaucoup de thèmes évoqués); certes, on n'en est donc pas encore à la véritable confrontation directe. Mais le progrès est là, mais les thèmes évoqués ne sont ni `passe-partout´ ni trop conventionnels, mais les Princes se livrent, eux, depuis quelques temps et sans complexe aux joies et incertitudes des interviews parlées, mais les rencontres franches et cordiales avec les Souverains se multiplient même si la confidentialité des rapports verbaux reste encore de mise.

Faut-il voir dans cette nouvelle politique de communication, car c'en est une, les seuls effets d'une contestation, les résultats d'études stratégiques de communication et/ou la recherche d'une nouvelle image? Nous croyons plutôt qu'il s'agit surtout d'une question de tempérament (la vie à la Cour est devenue plus familière, plus familiale et plus joviale et un protocole autrefois pesant se limite davantage aujourd'hui au respect de marques de politesse et de courtoisie), plus, évidemment, une ouverture et une transparence plus contemporaines, la volonté d'éclairer et de faire comprendre d'un sensible à la marche du temps ainsi que quelques influences subtiles.

Voilà pour la forme. Mais il y a aussi le fond. Car la Reine s'engage de plus en plus en faveur de diverses causes. Et elle tient à le faire savoir.

Qui s'en plaindrait, qui s'en plaindra? La rénovation et la modernisation des palais et chateaux royaux et des serres royales lui doivent beaucoup, la promotion active de l'art et des artistes contemporains, aussi (avec, question sans doute de goût, une attention davantage axée sur les arts plastiques, la littérature étant encore trop oubliée).

Et puis il y a l'enfance martyre, disparue, abandonnée, maltraitée. La présidente d'honneur de Child Focus ne cache pas qu'elle fut `émue et choquée´ par la tragédie des enfants disparus, assassinés et violentés et par le drame vécu par leurs familles; elle est vite passée de l'émotion à l'action en réunissant ces familles par deux fois au palais dès 1996, en multipliant les gestes significatifs comme l'inauguration de la statue symbolique offerte par les lecteurs de `La Libre Belgique´ et Jean-Michel Folon dans le parc de Bruxelles, en patronnant la journée du Myosotis en souvenir des enfants disparus; en conduisant bien des visiteuses royales et princières au siège de Child Focus pour internationaliser son action. Car, dans la même interview, la Reine évoque les personnes qu'elle fait se rencontrer et `il arrive qu'à la suite de ces rencontres des idées se conjuguent pour réaliser un projet constructif´. Pour en avoir été personnellement témoin, nous dirons que cette tâche méconnue mais essentielle est de celles qui permettent à notre Monarchie de dépasser les mythes et de détruire les idées reçues.

On comprend dès lors d'autant moins la sortie inattendue et brutale du congrès pré-électoral du VLD, ce dernier week-end. Le parti du Premier ministre (on dit pourtant Guy Verhofstadt proche du roi AlbertII) a exhumé le débat qui fut lancé il y a douze ans lorsque le roi Baudouin évoqua son `impossibilité de régner´ pour ne pas promulguer lui-même la loi sur l'avortement : il faut réduire les actuels (mini)pouvoirs du Roi et limiter la fonction monarchique à une simple parade protocolaire. Ou alors, on la comprend trop bien : à la pointe du laïcisme, le VLD fleurte désormais aussi avec la tentation républicaine, parce que certains de ses élus militent dans ce sens, parce que, aussi, à force de recruter à tout prix et sans précaution des bekende vlamingen et de vouloir ratisser large dans les rangs notamment de l'ancienne Volksunie, il est désormais prêt à tout... et même à perdre son âme, comme on le conbstate aussi dans le domaine communautaire. Mais c'est le Premier ministre qui joue désormais dans ce dossier sa crédibilité.

© La Libre Belgique 2002