Opinions
Une opinion de Martin Bailly, étudiant de Master 2 en sciences politiques à l'ULB.


Choisir des artistes flamands pour la Biennale de Venise est un message politique fort et cohérent.


En 2018, des responsables politiques et culturels s’indignent encore d’une "flamandisation" de la Culture. En envoyant des plasticiens bruxellois (issus de la Flandre), la ministre Greoli envoie un signal fort.

L’espace artistique ne doit-il pas justement s’affranchir de la doxa (politique) afin de s’épanouir ? Le champ culturel n’est-il pas perméable aux frontières linguistiques ? L’émancipation n’est-elle pas le creuset, le sel de la création artistique ?

Outre la dimension passéiste des "pavillons nationaux" du festival vénitien, il semble qu’une ouverture à l’altérité, à l’autre est le signe d’une prise de conscience collective des réalités politiques et culturelles contemporaines. Si le concept d’Etat-nation n’est que peu opérant aujourd’hui, le concept de "culture nationale", lui, est bel et bien dépassé.

Il m’apparaît curieux que ces "pros" de la Culture remettent en cause cette décision. Alors que semble critiquer cette opinion publiée dans "De Morgen" et "La Libre Belgique" ? Il semblerait que ce soit la décision politique.

La verticalité de la décision politique sur la "sacro-sainte" Culture n’est pas au goût de tous. Un débat peut exister sur la capacité d’une personne (le/la ministre) à apprécier le travail d’un artiste. Bien que ce dernier soit généralement entouré d’un jury de professionnels et de conseillers, la décision finale relève in fine de l’exécuteur politique. Nous sommes au cœur du problème : la politique ne semble pas compétente en matière culturelle.

Cultivant un "entre soi" nauséabond, cette carte blanche prône une culture communautaire (à défaut d’être nationale) où se regardent en chien de faïence artistes et citoyens de chaque communauté ! Allons plus loin, elle sous-entend, remettant en question la capacité politique, que la Culture n’est affaire que de professionnels. Les cosignataires de cette tribune cultivent une endogamie élitiste dans le champ artistique. Enfin, à aucun moment, les cosignataires n’évoquent le citoyen-spectateur. Ce dernier est pourtant (quasi toujours) la finalité de toute création artistique. Il est ici oublié.

A contrario des propos soutenus dans cette carte blanche, ce choix politique fort ne serait-il pas "la pierre angulaire d’une politique culturelle cohérente" ? Cette vision ouverte de la Culture semble bien mieux coller aux réalités de notre temps. En s’affranchissant des règles et des codes, la proposition d’envoyer des plasticiens (non issus de la FWB) ne révèle-t-il pas quelque chose de l’époque ? D’une part qu’un artiste n’est plus (l’a-t-il seulement été ?) borné à des limites géographiques et qu’il a, comme son œuvre, une finalité universelle. D’autre part, qu’il est temps pour le fédéralisme belge d’atteindre son âge de raison et d’enfin coopérer.

J’espère de tout cœur que cette carte blanche soit le chant du cygne d’une pensée politique culturelle surannée et que les efforts de coopération entre les communautés s’approfondissent.

Titre et chapeau sont de la rédaction.