Bilan de la politique sportive belge

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Opinions

Au lendemain des Jeux olympiques de Londres, ils seront à nouveau nombreux pour nous dire ce qu’il aurait fallu faire, ce qui n’a pas été fait ou ce qui a été mal fait. Acceptons la critique, car elle peut être facteur de remise en question, mais revenons sur certaines propositions que nous formulions en août 2008, pour évaluer ce qui a été fait et comment l’effort peut et doit être poursuivi.

1. La structure fédérale de notre pays ne favorise pas le rassemblement de nos talents sportifs en un lieu, autour d’un projet unique.

Elle ne privilégie pas, comme aux Pays-Bas, un consensus social autour des sportifs. Là-bas, tous les acteurs de la société sont fédérés derrière la représentation internationale sportive du pays, coordonnée par le Comité olympique. En Grande-Bretagne, le sport en général est soutenu par les autorités d’Ecosse, du Pays de Galles, d’Angleterre, mais le sport de haut niveau est piloté par un acteur unique, UK Sport, qui a tout pouvoir en la matière.

Nous plaidions pour des politiques concertées, à moyen et à long terme, entre Communautés et Régions, entre autorités publiques et investisseurs privés, le tout avec un master plan qui dit ce qu’on veut faire et dans quel but : depuis trois ans, nos ministres des sports, leurs administrations et le COIB mettent des initiatives communes en place. Faire un pas de plus, en concentrant ces énergies dans une structure unique, nous ferait progresser.

2. Il manque chez nous d’une culture de l’effort et de l’excellence.

Une politique sportive se mène sur le long terme, à quinze ans et non à deux, ni même à quatre ans. Ici aussi, cette structure unique, fédératrice des énergies, permettrait de franchir le pas en se donnant des objectifs à long terme.

L’Association royale belge de hockey montre la voie. Elle s’était donné pour objectif, en 2004, de qualifier son équipe masculine pour les Jeux de Londres (2012) et son équipe féminine pour les Jeux de Rio (2016). Au prix d’un plan rigoureux et grâce à du personnel compétent, en partant de ses équipes de jeunes, l’objectif a chaque fois été atteint avec quatre années d’avance. Et que nous disent les représentants du hockey ? A Rio, en 2016, les hommes auront des ambitions de podium et les femmes de top 8.

Culture de l’effort et de l’excellence, politique à long terme, par ailleurs coordonnée avec et soutenue par les autorités publiques de nos Communautés, la Loterie nationale et le COIB ont permis cette progression remarquable.

3. Le manque de moyens est aussi souvent avancé pour expliquer nos résultats. Est-ce pertinent ? Les moyens ont sensiblement augmenté ces dernières années. Le budget alloué au sport par la Fédération Wallonie-Bruxelles a doublé en dix ans. La Communauté flamande a fait de même. Une partie de ces ressources est investie en infrastructures. Ainsi, la Flandre dispose à Gand du site du Blaarmeersen. Au sud, le centre sportif de haut niveau verra le jour à Louvain-la-Neuve : 20 millions d’euros permettront de mettre en place des installations dédiées et porteuses pour nos jeunes talents.

De plus, de réelles initiatives existent, qui ne requièrent pas une explosion des budgets, même si 30 à 40 millions d’euros consacrés au sport en Belgique sont peu en regard des 80 millions qu’y consacrent les Pays-Bas, ou des 460 millions de livres sterling que UK Sport a investis dans la préparation des athlètes britanniques pour les Jeux de Londres. Il faut que ces initiatives forment un tout cohérent, articulé dans un plan (inter-)communautaire qui dépasserait le temps d’une législature (huit ans, avec ajustement annuel sur base d’évaluations rigoureuses) et transcenderait les particularités des partis.

Nos ministres doivent s’entourer d’experts en préparation sportive, en physiologie et psychologie de l’effort, en technologie, en management. Ils existent dans notre pays et ne demandent qu’à être sollicités.

Le programme BeGold, fruit d’un partenariat entre les Communautés, le COIB et la Loterie nationale, est un modèle d’une telle stratégie : les programmes de développement du talent chez les jeunes des fédérations qui acceptent de s’insérer dans un modèle d’organisation et de préparation concerté fonctionnent. Sa pertinence est démontrée par les résultats : notre pays brille dans les compétitions internationales pour jeunes.

Le classement des médailles aux Festivals Olympiques de la Jeunesse Européenne (FOJE) - la Belgique s’y classe 13e sur 49 en 2011 - et aux Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) - la Belgique s’y classe 27e sur 204, en 2010 - en est une démonstration.

Nous sommes cependant classés 60e pays aux Jeux olympiques de Londres. Le modèle de coopération de cette initiative ne demande qu’à être reproduit pour les sportifs confirmés : concentration des talents, réunion des meilleurs entraîneurs, scientifiques et dirigeants, fertilisation croisée avec les programmes similaires d’autres pays, vision à long terme.

4. Sport pour tous et sport de haut niveau, complémentarité ou antinomie ?

Notre stratégie sportive doit se construire sur trois étages. L’éducation physique à l’école et les activités physiques et sportives pour tous assurent à chacun un bagage moteur qui permette son développement harmonieux, garantissent une forme de bien-être et sont un facteur important de prévention primaire en santé publique. Une mission essentielle des fédérations est d’amener les jeunes vers le haut niveau, via leurs clubs et le programme Be Gold évoqué plus haut. Individuellement, la plupart d’entre elles n’ont pas les moyens humains, financiers et structurels de gérer le haut niveau.

Ensuite, des micro-structures, comme celles des Borlée et de nos équipes de relais, de Hellebaut et Van Alphen, de nos équipes de hockey, doivent bénéficier de la concentration d’infrastructures performantes dans des centres de haut niveau mis à leur disposition. La réunion en ces lieux privilégiés des talents sportifs, des meilleurs entraîneurs, des scientifiques les plus performants et de dirigeants formés et visionnaires nous fera progresser.

En guise de conclusion et d’engagement.

On le voit, une vision, une définition de missions et d’objectifs crédibles, un plan financier auquel adosser la stratégie et une perspective pluriannuelle sont les ingrédients de base d’une politique sportive susceptible de nous apporter les satisfactions souhaitées. Des étapes importantes ont été franchies entre 2008 et 2012. D’autres peuvent se concrétiser très rapidement si nous le voulons.

Les Jeux de Londres ont cependant montré que de plus en plus d’athlètes sont particulièrement bien préparés, de telle sorte qu’une finale olympique propose rarement un favori évident et de plus en plus souvent huit prétendants à la victoire : si nous progressons, cela ne signifie pas que les autres nous attendent.

Professeur Thierry ZINTZ

Chaire olympique en management des organisations sportives, Faculté des sciences de la motricité, Research Institute of the Louvain School of Management, Université catholique de Louvain

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