Opinions

L’ année 2010 fut une meilleure année pour Dieu. Suite aux cinglants assauts littéraires de l’universitaire d’Oxford Richard Dawkins sur le "Tout Puissant", l’essayiste Christopher Hitchens a riposté, ainsi que quelques autres croyants.

La meilleure de toutes est "The Case for God" par la brillante écrivaine des religions Karen Armstrong. Plus important encore est l’information selon laquelle de plus en plus de personnes (en Grande-Bretagne, certainement) se rendent dans les églises chrétiennes de toutes dénominations. Un vieil homme à la longue barbe veille sur nous. Et nous sommes déjà informés d’une grande affluence dans les mosquées du pays.

A la fin de l’année, bien sûr, de nombreux chrétiens qui ne vont pas régulièrement à l’église assistent aux messes de la Nativité. Les chants et les cloches de Noël, les crèches, sont au cœur des festivités de l’hiver, tout autant que la boulimie consommatrice et "orgie de dépenses".

La plupart des enfants des sociétés occidentales connaissent probablement tous les détails de l’histoire de Noël, même dans les foyers les moins croyants. Les voyageurs qui ne trouvent plus de place à l’auberge. La naissance d’un enfant dans l’étable. L’arrivée des rois mages apportant l’or, la myrrhe et l’encens. Dans l’âge adulte, beaucoup gardent une image assez littérale de ces histoires de la Bible : Dieu n’est-il pas un vieil homme à la longue barbe qui veille sur nous ?

C’est ce Dieu que les athées comme Dawkins et Hitchens attaquent. Et il n’est pas bien difficile de viser juste et de ridiculiser une telle cible. Passons outre le fait que les arguments en faveur de l’inexistence de Dieu soient plus forts - rappelons-nous des atrocités du totalitarisme athée du vingtième siècle - et considérons l’attaque contre ceux qui, fidèles aux interprétations littérales des textes religieux, nient la science et la raison. A leurs yeux, le monde fut créé en six jours; l’évolution est une fable fantasque.

Ceux d’entre nous qui estiment que la science et la religion sont deux domaines différents, et qui rappellent que Socrate soutenait que la science ne nous apprenait rien sur la moralité ou le sens des choses, trouvent notre argument bien malmené par les littéralistes et les fondamentalistes de toutes religions. Il y a des chrétiens qui savent tout du feu et du souffre du Livre des Révélations mais qui semblent ignorer les appels à la générosité du Sermon de la Montagne.

De même, il y a des juifs intransigeants, comme les groupes de colons qui chassent les Palestiniens de leurs maisons de Jérusalem-Est et de Hébron, qui ont oublié les premiers enseignements de leurs professeurs érudits pour qui les étrangers doivent être traités comme les siens. Puis, il y a des musulmans qui ignorent les commandements du Coran de pluralisme, de tolérance et de paix.

Là où l’attaque des athées vise souvent juste est lorsqu’elle pointe du doigt tout le mal fréquemment fait dans notre monde par de tels fondamentalistes. La position de l’aile droite américaine sur la place de leur pays dans le monde est revigorée par des dogmes fondamentalistes : l’Organisation des Nations unies est la propre création du diable; le président Barack Obama est un musulman non américain; la Palestine, du fleuve Jourdain jusqu’à la côte, devrait être rendue à Israël pour que le monde puisse en finir avec le triomphe cataclysmique des chrétiens.

Les fondamentalistes juifs font obstruction à tout processus de paix au Moyen-Orient et persistent dans leurs implantations illégales. Les fondamentalistes islamiques définissent le jihad comme une guerre de terreur contre l’Occident et en appellent à un califat islamique de l’Atlantique au Pacifique.

Les dogmes violents et néfastes des fondamentalistes de toutes sortes ont une caractéristique commune : une truculence de griefs, ancrés dans les peurs et le ressentiment générés par la modernité. Le fondamentalisme chrétien en Amérique rappelle le populisme et l’anti-intellectualisme du dix-neuvième siècle. Les membres des églises évangéliques associent leurs convictions à l’individualisme forcené des premiers pionniers. Ils méprisent l’establishment.

Les fondamentalistes juifs pensent que tous ceux qui critiquent Israël sont antisémites ou, dans le cas d’opposants juifs à l’intransigeance politique israélienne, "des juifs qui se détestent" .

Les fondamentalistes islamiques estiment que ce que nous considérons comme la vague libéralisatrice du progrès technologique et de la globalisation n’est qu’une redite bravache du colonialisme occidental.

Pour cette nouvelle année 2011, nous devrions entendre l’essence des messages de toutes ces grandes religions, soit la règle d’or du confucianisme qui veut que nous ne fassions jamais aux autres ce que l’on ne voudrait pas que l’on nous fasse. Ce que la religion devrait enseigner n’est pas comment haïr mais - pour emprunter encore à Confucius - comment développer des sociétés qui se préoccupent et accueillent le pauvre, l’étranger et l’oppressé ?

Voila le message le plus important pour tous, y compris pour les athées.

© Project Syndicate, 2010. www.project-syndicate.org - Traduit de l’anglais par Frédérique Destribats.