Opinions
Une opinion de Jean-Noël Beer, membre de l'association Droit de Rouler et de Parquer (DRP) qui milite pour une mobilité efficace à Bruxelles, donc voitures comprises.


L’annonce de 5 000 places de parking de dissuasion en périphérie de Bruxelles a tout l’air d’un plat réchauffé.

Encore une annonce de Pascal Smet, ministre de la Mobilité de la Région de Bruxelles : 4 projets de parkings de dissuasion pour 5 000 places destinées aux navetteurs seraient en voie de réalisation d’ici 2020 (articles de "La Libre" du 2 août 2017). Il faut relativiser cette bonne nouvelle car cette annonce signifie seulement 3 500 places en plus par rapport aux 1 500 places disponibles actuellement. Et ces 5 000 parkings représentent seulement 3 % de places (qui seront payantes !) offertes aux 150 000 à 170 000 navetteurs venant chaque jour ouvrable à Bruxelles.

Revenons sur la saga des annonces successives.

-1998 : le Plan de mobilité Iris 1 prévoyait 8 500 places de transit pour 2005.

-2010 : Iris 2 projetait 16 200 places pour 2015-2018.

-7 janvier 2014 (RTBF) : la Région confirmait l’objectif de 16 000 places… à l’horizon 2020.

- 19 mai 2015 : le ministre Pascal Smet présente un projet visant à un supplément total de 10 000 places d’ici 2019…

- 2017 : le nouveau projet de PRDD (Plan régional de Développement durable) soumis à enquête publique en avril recommande 25 000 places à l’horizon 2025…

- 2 août 2017 : Pascal Smet parle à présent de 5 000 places d’ici 2020.

En fait, seules les 1 100 places supplémentaires du parking Ceria pourraient se concrétiser en 2018 ou 2019 et les 250 places actuelles, saturées, deviendraient payantes.

Le second projet, à Uccle Stalle (actuellement 385 places) comporterait un parking de 4 étages pour accueillir 1 055 places. Un tarif préférentiel sera accordé aux navetteurs qui disposeront d’un abonnement combiné Stib/P + R. Ce parking n’est pas raccordé au métro mais seulement aux trams.

Les nombreux utilisateurs actuels, professeurs, étudiants, qui fréquentent notamment les deux institutions voisines, devront donc soit payer, soit tenter de trouver une alternative dans le quartier !

Sur le site de la station de métro Crainhem, environ 1 000 places en plus sont annoncées. La demande de stationnement pour ceux qui se rendent à l’UCL, au centre Mounier ou dans les écoles et sociétés publiques et privées qui gravitent autour est telle que le nouveau parking sera vite saturé ! L’accès vers ce parking pour les navetteurs en provenance de l’E40 ou du Ring est déjà actuellement compliqué et fort embouteillé.

Quant aux autres parkings projetés, vu leur coût (10 millions d’euros pour 1 000 places), qu’est ce qui prouve qu’ils verront le jour ?

Cette saga de beaux projets de parking de transit/dissuasion/P + R/transfert modal ou persuasion apparaît sans fin. La concrétisation des annonces reste fort partielle et n’offre pas une vraie alternative aux navetteurs. Pire, les utilisateurs actuels de ces petits parkings pourront-ils encore les utiliser gratuitement comme actuellement ? Probablement non. Le ministre n’annonce aucun tarif et personne ne sait donc dans quelle mesure ces parkings vont effectivement attirer des navetteurs.

Trois conclusions se dégagent :

1. Les ministres parlent et se succèdent (parfois à eux-mêmes) depuis 20 ans mais, malheureusement, la pénurie de parkings de transit reste.

2. Les utilisateurs actuels des parkings, tout comme les navetteurs, seront pénalisés car leur parking deviendra très probablement payant.

3. Les éventuelles 3 500 places supplémentaires seront symboliques par rapport aux 150 000 à 200 000 navetteurs les jours ouvrables.

On est donc sûr que les bouchons à Bruxelles ne seront guère réduits prochainement par cette annonce.