Opinions

PROFESSEUR À LA JOHN F. KENNEDY SCHOOL DE LA HARVARD UNIVERSITY

Au mois de mars, le Président Bush a annoncé que les Etats-Unis ne participeraient plus aux négociations internationales du protocole de Kyoto.

Cette annonce suscita des prédictions de désastres parmi les groupes environnementaux ainsi que des cris de victoires parmi ceux qui n'avaient jamais cru en Kyoto.

Ces deux réactions pourraient s'avérer erronées. En dépit d'une préoccupation légitime quant à la façon dont l'administration américaine a informé le reste du monde de sa décision, cette annonce permet à Bush de commencer à discuter avec d'autres pays d'une stratégie à long terme crédible. Les autorités européennes ont peut-être publiquement condamné la décision américaine mais, en privé, il se peut qu'elles aient été soulagées.

En effet, beaucoup de gouvernements seront incapables de respecter les engagements qu'ils ont pris à Kyoto. Comme l'a dit le Ministre de l'Environnement du Canada, «l'Europe a adopté une position qui, elle le savait, ne pouvait qu'amener les Etats-Unis à se retirer de Kyoto».

Les critiques que Bush a formulées à l'encontre du protocole ne sont ni nouvelles ni uniques. Le Sénat américain ne fut pas d'un autre avis dans son vote 95-0 en 1997. Beaucoup ont fait part de leur préoccupation devant le fait que le protocole de Kyoto ne fixe des objectifs de réduction d'émission que pour 34 pays industrialisés, sans inclure 154 autres pays, nonobstant le fait que les prévisions montrent que l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre viendra principalement des pays en voie de développement.

Mais le fait de ne pas croire en Kyoto ne signifie pas être opposé à une action réaliste. Il y a quelques semaines, Bush a déclaré que son administration prenait la question des changements climatiques très au sérieux. S'il est cohérent, il doit commencer immédiatement à travailler à une alternative crédible au protocole de Kyoto. Les négociations internationales sur les changements climatiques reprendront le 16 juillet à Bonn. Une semaine plus tard se tiendra un sommet du G-8 à Gênes.

Heureusement, les gouvernements ne doivent pas repartir de zéro. La Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, que le père de l'actuel Président Bush signa et que le Sénat ratifia en 1992, constitue un point de départ sensé.

Partant de cette convention, l'administration peut jeter les bases d'un accord international qui soit acceptable pour Bush, pour le Sénat américain, et pour la communauté internationale. Il n'y a pas de panacée, mais trois éléments essentiels devraient faire partie de cet accord.

Premièrement, si cet accord se veut vraiment efficace, tous les pays doivent être impliqués. Il devrait y avoir un mécanisme explicite pour permettre la prise d'engagements volontaires par les pays en voie de développement, ainsi qu'un consensus sur une procédure relative à la prise d'engagements supplémentaires par ces mêmes pays une fois que leur produit intérieur brut par habitant atteint un certain niveau. Les pays en voie de développement doivent monter dans le train, mais nous ne pouvons pas, à court terme, nous attendre à ce qu'ils paient leur billet.

Un programme international de permis d'émission bien structuré, combiné avec des objectifs pour les pays en voie de développement qui deviennent plus contraignants lorsque ces pays voient leur situation économique s'améliorer, peut faire l'affaire, et ceci de façon équitable.

Deuxièmement, il faut des objectifs à long terme pour ce problème à long terme (les gaz à effet de serre restent dans l'atmosphère pendant des décennies, voire des siècles). Les coûts peuvent être limités dans un premier temps en se fixant des objectifs raisonnables, qui n'exigent pas de mesures radicales qui condamneraient des secteurs entiers de nos économies.

Mais le sérieux de la menace que les changements climatiques font peser requiert que, dès maintenant, nous fixions des objectifs à long terme plus ambitieux, afin d'encourager les nécessaires changements technologiques.

Enfin, le troisième élément, qui se retrouve dans le protocole de Kyoto, est qu'il faut travailler avec le marché plutôt que contre lui. Des mesures basées sur le marché peuvent diminuer le coût des réductions d'émission. Aux Etats-Unis, un système de permis d'émission peut être mis en place pour atteindre nos engagements nationaux, en encourageant le développement et l'usage de technologies plus propres.

Au niveau international, un système de permis d'émission pourrait réduire les coûts jusqu'à 75 pc, en finançant des choix plus respectueux de l'environnement dans les pays les plus pauvres tout en épargnant aux pays industrialisés des changements qui seraient extrêmement préjudiciables et politiquement irréalistes.

En collaborant avec les autres pays en vue d'élaborer un nouvel accord, basé sur une science solide, une politique économique rationnelle, et un réalisme politique, Bush peut donner aux Etats-Unis la place qu'ils devraient occuper, celle de leader sur cette question.