Opinions

Une chronique d'Eloy Romero-Muñoz, chercheur en didactique des langues. 

Pour que l’école effectue la mue radicale dont elle a besoin, il faut oublier la position passéiste du "c’était mieux avant". 

Les débats en ligne sur l’enseignement sont notoirement idéologiques et l’argumentation y dépasse rarement les gesticulations verbales entre personnes dont on ne soupçonnerait pas ce genre d’attitudes dans la vraie vie. Avouons-le : notre enseignement et ses enjeux méritent mieux que ce qui se lit sur les forums, y compris ceux fréquentés essentiellement par des enseignants !

Il y a pourtant un sujet sur lequel un consensus semble possible : le besoin de changement. Il est vrai que les indicateurs sont au rouge foncé : taux de redoublement stratosphérique, mixité très superficielle malgré le décret "inscription", évaluations externes alarmantes que ce soit PISA ou nos propres épreuves certificatives (CEB, CE1D), crise des vocations chez les enseignants, méfiance par rapport à l’institution. En d’autres termes, le changement n’est pas souhaitable, il est nécessaire même si les positions paraissent irréconciliables entre les partisans d’un "retour à l’école de Papa" et celles et ceux qui, au contraire, préconisent de repartir d’une page blanche.

Et si on essayait la page blanche ? Après tout, puisque tout va mal dans le pire des mondes, pourquoi ne pas débrancher la prise ? Il y a énormément de mépris pour les acteurs de l’enseignement dans cette proposition en plus d’un manque cruel de réalisme. On vire tout le monde et on recommence ? L’absurdité de l’idée rend toute contre-argumentation superflue.

Parlons maintenant de l’école de Papa et de la logique du "c’était mieux avant". C’était quand, au juste, "avant" ? L’époque où le maître tout puissant régentait des élèves soumis en culottes courtes et tabliers gris ? L’époque où filles et garçons faisaient classe à part ? L’époque où seuls avaient accès à l’éducation celles et ceux qui pouvaient se le permettre ? Cette position passéiste entretient un mirage au détriment de la mue radicale dont notre école a bien besoin.

Et si on laissait chacun décider en son âme et conscience de ce qui est bon pour ses enfants ? Il s’agit là d’un discours faussement égalitaire mais réellement rétrograde, porté essentiellement par les détracteurs du décret "inscription" et du "Pacte". Notre vécu conditionne ce que nous sommes et les choix que nous posons. Nous ne sommes donc pas tous égaux face à nos choix et c’est bien pour cela que les politiques éducatives doivent veiller à l’intérêt de chacun pour le bien de tous. En d’autres termes, charité bien ordonnée commence par l’autre.

Une chose est certaine : l’enfer est pavé de bonnes intentions et les "discours" sur l’enseignement ne le sont pas moins. Il est important pour nous, citoyens, parents et enseignants que nous sommes, de réfléchir au-delà des clichés véhiculés dans bon nombre de médias de masse afin de sortir de la logique défaitiste qui y est par trop représentée sans pour autant se voiler la face.

Le changement n’est jamais aisé, mais il n’est pas non plus impossible si on se met dans une dynamique positive. Il existe des limites et des obstacles à toute entreprise. Cependant, de toutes les contraintes, la plus handicapante n’est pas le manque de moyens, de latitude institutionnelle ou de temps. Ce qui bloque le plus souvent, ce sont les croyances limitantes, ces vues de l’esprit qui nous font croire que l’on n’est pas capable de faire certaines choses et qui nous viennent le plus souvent de notre éducation ou de nos expériences passées (en particulier de nos échecs). Peut-être est-il important de rappeler que des projets radicalement novateurs existent également sous nos cieux : la pédagogie nomade (devenue entre-temps une filière expérimentale de l’Athénée royal de Vielsalm) et l’Alter Ecole (à Clavier) en sont de beaux exemples parmi tant d’autres. Informez-vous ! Inspirez-vous !

La transition vers une autre école sera d’autant plus souple que nous travaillerons ensemble à un projet fort pour l’avenir de nos enfants. Osons l’optimisme !