Opinions

Une opinion de Jean-Dominique Reffait, historien et philosophe.

Mon pauvre garçon, comme si cela ne suffisait pas qu'un président te tance devant la France entière pour l'avoir familièrement interpellé "Ça va Manu ?", il faut maintenant que tu subisses les foudres des pères de la morale qui jamais, on s'en doute, n'ont prononcé la moindre sottise quand ils avaient ton âge.

Je ne suis pas amnésique, j'ai eu 15 ans, je me souviens. Faire le malin, dire une sottise, contester de façon maladroite l'ordre établi, c'est de ton âge. Tu étais là, le 18 juin, au Mont Valérien, pour honorer l'appel du Général de Gaulle et la Résistance. Avec ton histoire à toi, celle d'un jeune garçon qui chantonne l'Internationale - combien sont-ils de ta génération à en connaître une note ? - et qui lance un familier "Ça va Manu ?" au président de la République. Une contestation douce et tranquille de l'ordre établi, inappropriée sans doute à la circonstance, mais après tout, n'es-tu pas à l'âge des apprentissages ?

Il aurait suffi de te reprendre gentiment, d'enregistrer tes excuses que tu as spontanément émises et de passer à autre chose. Mais non, la société médiatique, qui ne méprise rien moins que l'indulgence, t'a attrapé par l'oreille pour punir en toi le symbole des valeurs qui s'écroulent, d'une jeunesse décadente et irrévérencieuse.

Curieusement, j'ai vu cette séquence autrement : j'ai pensé que dans vingt ans, elle repasserait dans un talk show où tu serais invité parce que tu serais député, secrétaire d'Etat ou journaliste. Tout le monde en rirait et le vieux président Macron à la retraite confierait, comme tous les politiques qui tirent vers eux les couvertures : "Je l'ai bien aidé, regardez où il est maintenant grâce à moi !"

Oui, bonhomme, dans cette séquence, j'ai vu un garçon calme, prometteur et, je te rassure contre tous les vieux bonzes, fort bien élevé.