Opinions

JOURNALISTE AU COURRIER INTERNATIONAL (1)

Janvier 2004, la zone de police de Bruxelles-ouest adopte l'article 82 de son règlement qui «interdit de se présenter dans l'espace public masqué ou déguisé», sauf autorisation expresse du bourgmestre. Quiconque enfreint ce règlement «sera puni d'une amende administrative de 150€». La commune visée par ce nouvel article est Molenbeek et Molenbeek, un peu comme Schaerbeek, c'est le must du «beurk!» en matière d'image publique face aux quartiers non colorés de Bruxelles.

La cause de cet article? Une femme vêtue de la tenue vestimentaire afghane (burqa) s'est présentée à l'administration communale de Molenbeek et évidemment l'emballement médiatique fait le tour de la Belgique. Molenbeek dit ainsi «non» à la burqa en réanimant une vieille disposition qui interdit le déguisement sur la voie publique en dehors de la période carnavalesque. Même si le traitement médiatique reste professionnel en relatant bien les différentes interprétations, l'équation publique est limipide et rapide : Molenbeek = allochtones = islam = burqa = soumission des femmes.

Octobre 2004, le bourgmestre CD&V de la commune flamande de Maaseik relance le sujet en médiatisant aussi son interdiction de l'uniforme à la mode Batman pour les femmes de sa petite localité nordiste. Elément nouveau: cette manoeuvre arrive après l'arrestation, dans la même commune de Maaseik, de quatre individus dans le cadre d'une enquête sur des réseaux terroristes. La population s'emballe et c'est à nouveau l'amalgame: Maaseik = burqa = allochtones = terroristes. En cause? Quatre femmes «burqanibées » et donc auto-aliénées sortant d'un phoneshop (probablement à l'écoute des dernières consignes de Ben Laden). L'initiative du bourgmestre est rapidement applaudie par le ministre flamand de l'Intégration, Marino Keulen (VLD) qui entame sa tournée des quotidiens flamands en vue de s'attaquer au plus gros problème dont souffrent les Flamands (allochtones comme autochtones): le port de la burqa en Belgique. Le ministre demande directement à ses services d'établir un modèle unique de règlement de police épuré de la menace voilée qui pèse sur la Flandre.

Marino Keulen se rend-il compte de l'effet dévastateur que peut avoir une telle médiatisation à outrance d'un sujet qui ne concerne en définitive que quatre Flamandes et une francophone? Mesure-t-il le montant des efforts à fournir dans les projets d'intégration afin de rectifier au sein de l'opinion publique les équations précitées? Mais Marino s'en fout car Marino sera probablement candidat aux élections communales 2006 dans son fief du Limbourg et il sait, en bon politicien, que le plus important reste l'existence médiatique avant les prochaines échéances politiques.

Suspense, bientôt mardi gras, que faire si, lors d'un défilé protestataire, des femmes déguisées avec la burqa paradent dans les rues de Molenbeek ou de Maaseik? Après tout c'est carnaval, non?

(1) s'exprime à titre personnel.

© La Libre Belgique 2005