Opinions

Directrice exécutive du Fonds de Développement des Nations unies pour les Femmes (Unifem) (1)

Un tiers: ce chiffre reflète la dure réalité des femmes du monde entier. Un tiers des jeunes filles dans les salles de classe sont victimes de la violence juste parce qu'elles appartiennent à la gente féminine. Ce schéma se répète sans cesse à travers le monde: des enquêtes semblent indiquer qu'un tiers des femmes sont violées, battues, contraintes à entretenir des rapports sexuels ou maltraitées d'une manière ou d'une autre durant leur vie. La violence à l'égard des femmes a pris des proportions pandémiques. C'est à raison qu'une «Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes» a été créée afin de condamner la violation la plus répandue des droits de l'homme.

Et la moitié: cinquante et un pour cent des personnes infectées par le virus du sida aujourd'hui (environ 20 millions) sont des femmes. Nous devrions nous remémorer qu'il y a une décennie, les femmes se trouvaient à la périphérie de cette pandémie. Maintenant, elles en sont l'épicentre. La juxtaposition de ces rapports alarmants peut sembler arbitraire. Malheureusement, ils sont étroitement liés au sein d'un cercle vicieux.

La violence à l'égard des femmes représente à la fois une cause et une conséquence des taux croissants de l'infection par le virus du sida. Une cause parce que les viols et les agressions sexuelles représentent les principaux facteurs de risque pour la transmission du sida. Une conséquence parce que les études démontrent que les femmes séropositives sont davantage exposées à ces sévices. En Tanzanie, un rapport a révélé que les femmes séropositives risquaient deux fois et demie plus que les autres femmes d'être maltraitées sexuellement par leur partenaire.

L'auteur de la violence est souvent un partenaire intime. Profondément enracinée dans un rapport de force inégal, la violence sexuelle se produit parce que les femmes ne peuvent pas négocier des relations sexuelles sans risque ou parce qu'elles refusent d'avoir des rapports avec leur partenaire.

La violence est également liée à la brutalité de la guerre: les corps des femmes font partie du champ de bataille. Le viol systématique de dizaines et même de centaines de milliers de femmes par les factions en conflit a dramatiquement augmenté les taux d'infection par le virus du sida dans les zones de conflit; la vie de ces femmes ainsi que celle de leur famille est ainsi détruite.

La violence à l'égard des femmes représente également une conséquence du sida: lorsqu'une femme révèle sa séropositivité, elle peut être attaquée ou mise au ban de la société car elle déshonore sa famille. Il arrive souvent que les femmes enceintes soient obligées de passer le test du sida dans des cliniques prénatales et elles risquent par conséquent plus que leur partenaire d'être identifiées et accusées d'être la source de la transmission du virus. Prenons le cas de Gugu Dlamini qui a été lapidée par les jeunes hommes de sa communauté en Afrique du sud parce qu'elle avait publiquement annoncé qu'elle était atteinte du sida.

Comment la communauté internationale peut-elle rompre le cercle vicieux de la violence et du sida?

Premièrement, les pays doivent adopter des lois et les faire respecter pour empêcher les actes de violence à l'égard des femmes et réduire la propagation du virus du sida. Le Fonds de Développement des Nations unies pour les Femmes (Unifem) effectue des révisions de la législation en vue d'enrayer la propagation du sida et de canaliser la violence domestique dans plusieurs pays. Même si beaucoup de pays ont mis en place des lois draconiennes, ils ne les font pas respecter de manière efficace, ce qui réduit leur impact bénéfique.

Deuxièmement, nous devons encourager les femmes séropositives à s'exprimer, à partager leurs expériences et leurs inquiétudes. Nous soutenons le dialogue entre les décideurs et les groupes de femmes séropositives pour que leur vécu et leurs conseils puissent influencer les politiques gouvernementales face à la violence et au sida.

Troisièmement, les hommes doivent également s'impliquer. Aucune politique ou loi visant à améliorer la sécurité et le statut des femmes ne peut atteindre son but sans la participation active des femmes et des hommes. Des campagnes contre la violence récemment menées dans différents pays et impliquant des hommes démontrent qu'il existe des manières innovatrices d'aborder la culture machiste qui perpétue la violence et met en danger la vie de femmes et d'hommes.

Finalement, il est décisif d'attribuer judicieusement les ressources. Le financement pour la prévention et le traitement du sida augmente. Cependant, les ressources ne devraient pas être uniquement utilisées pour l'approvisionnement en drogues anti-rétrovirales ou pour les campagnes sur l'abstinence. Elles doivent également servir à mettre fin à la violence contre les femmes. Un bon exemple d'un tel mécanisme est le fonds en fidéicommis en faveur des activités pour éliminer la violence à l'égard des femmes qui a été établi par l'Assemblée générale des Nations unies et est administré par l'Unifem.

C'est seulement lorsque nous reconnaîtrons la corrélation entre la violence à l'égard des femmes et le sida que nous pourrons vaincre ces deux pandémies et renverser leur progression. Si nous n'agissons pas maintenant, les chiffres continueront à nous hanter avec de terribles implications pour l'avenir.

(1) Webhttp://www.unifem.org/

Original anglais. Traduction de Mlle S.A.A. étudiante à l'Institut Marie Haps de Bruxelles

© La Libre Belgique 2004

NOELEEN HEYZER