Opinions Une chronique de Jan de Troyer.

Un "Comité de parents inquiets" s’en prend au site de Sensoa informant les jeunes de manière explicite sur la sexualité. Ces parents ne se nourrissent-ils pas d’illusions?


Deux communes du littoral belge envisagent d’ouvrir une nouvelle plage pour nudistes. À la suite du boum du naturisme en Belgique, les 400 mètres de plage à Bredene ne suffisent apparemment plus à accueillir tous ceux qui veulent se promener en tenue d’Eve ou d’Adam. Les candidatures pour ce nouveau site sont toutefois traitées avec la plus grande discrétion par la Fédération belge de Naturisme : la Flandre ne s’est pas encore complètement libérée des tabous de la pruderie. Devra-t-on attendre l’issue des élections communales de 2018 pour savoir quels bourgmestres ont osé s’aventurer dans la voie de ce que certains considèrent être du libertinage ? Cela n’aurait rien d’étonnant.

La Flandre n’aurait-elle pas réussi à faire sa révolution sexuelle ? On peut le croire, car certaines initiatives provoquent toujours des réactions pudibondes. La controverse née à propos du site Internet (www.allesoverseks.be) de Sensoa (le Centre flamand d’expertise pour la santé sexuelle) informant les jeunes de manière explicite sur la sexualité est le dernier exemple en date. Un "Comité de parents inquiets" s’est adressé au ministre flamand de la Jeunesse, Sven Gatz, pour protester contre des dessins très précis illustrant les meilleurs attouchements érotiques et les pénétrations les plus originales. Il est vrai qu’on y décrit de façon très explicite comment pratiquer une fellation ou le cunnilingus. Pas moins de 30 dessins illustrent les alternatives à la "position du missionnaire". Toute cette hardiesse a même mobilisé certains parents francophones qui ne pensaient pas que leurs enfants seraient confrontés à de telles informations dans une école catholique flamande.

La réponse du ministre a été aussi directe que pertinente. "Nous vivons au XXIe siècle, si on commence l’éducation sexuelle à partir de 12 ans, ce sera trop tard." Sven Gatz a rajouté que "les parents feraient mieux d’écrire une lettre de protestation aux patrons de l’industrie de la pornographie". Il est vrai qu’il n’a jamais été aussi facile d’accéder, même par son smartphone, à des sites pornographiques.

L’hypocrisie autour du sujet a été récemment illustrée par la découverte de films X sur le portable d’une jeune djihadiste. Il ne faut pas se faire d’illusions : même les plus jeunes savent comment accéder à Internet. Laura Vandenbosch, une chercheuse de la KUL (Katholieke Universiteit Leuven), a récemment publié une étude sur les influences des médias sur le comportement sexuel de la jeunesse flamande. Les réponses de plus de 1 500 écoliers prouvent que les deux tiers des garçons avaient visité des sites pornos à un très jeune âge.

Chez les filles, le phénomène est plus limité, mais pas inexistant. On a donc l’impression que le "Comité des parents inquiets" se fait des illusions. Si les institutions appropriées de la Communauté flamande ne fournissaient pas une information claire sur les pratiques sexuelles, les jeunes iraient les chercher eux-mêmes dans un contexte qui ne ferait que renforcer certaines conceptions malsaines des rapports sexuels.

On n’a d’ailleurs pas l’impression que le problème primordial de la jeunesse flamande tourne autour du sexe. Un autre fléau semble empoisonner de plus en plus de jeunes : la gratuité de la violence. Il y a quelques jours encore, la police brugeoise est intervenue pour mettre fin aux actions d’une bande de jeunes filles semant la terreur aux abords de la gare. De la violence dans les rues, n’importe quel bourgmestre d’une ville flamande pourra en témoigner. A ce jour, on n’a jamais entendu un comité de parents plaidant pour limiter la pléthore de films, de séries télévisées et de jeux vidéo extrêmement violents librement accessibles aux jeunes. Comme quoi, l’indignation est souvent sélective.