Opinions Le contexte

Quand. Depuis la sortie du livre "Les lois naturelles de l’enfant" en août 2016, publié il y a quelques jours en néerlandais, la démarche de Céline Alvarez a un succès phénoménal. L’idée que chaque enfant a un potentiel incroyable gâché par un système scolaire inadapté rencontre toutes les inquiétudes et les espoirs des parents.

Controverse. Les enseignants, eux, sont loin d’être unanimes. On lui a reproché son ton docte et ses idées qui n’apporteraient rien de nouveau. Elle écrit : " Il m’a souvent été rétorqué […] : ‘Si vraiment les choses étaient si simples, ça se saurait.’ Et bien non, ça ne se sait pas, et je vais même vous dire : il est temps de se retrousser les manches et d’œuvrer pour que ces vérités simples rayonnent."


L'entretien

Quels sont les grands principes qui ont guidé votre expérience à Gennevilliers ?

L’expérience de Gennevilliers visait à montrer, sur la base des travaux des Drs Séguin et Montessori, qu’en respectant davantage les mécanismes d’apprentissage humain, et en cessant de les entraver, nous obtiendrions des résultats surprenants tant sur le plan cognitif que sur le plan social, émotionnel et moral - même auprès d’enfants issus de milieux défavorisés. La recherche nous dit par exemple aujourd’hui très clairement que l’être humain apprend lorsqu’il est actif, engagé, motivé, aimé et lorsqu’il n’est pas stressé. L’enfant doit donc pouvoir évoluer dans un environnement qui l’aide à devenir autonome, qui l’aide à écouter ses élans endogènes individuels, qui lui évite des stress toxiques inutiles, lui apprend à réguler seul ses grandes émotions, et lui offre la possibilité de se relier de manière chaleureuse et empathique avec ses camarades et les adultes. J’ai donc simplement tenté, dans la limite des conditions qui m’étaient données, de respecter le plus possible ces grands principes. Mais rien de ce que j’ai fait à Gennevilliers n’est abouti. Au contraire. J’ai moi-même en tête un modèle beaucoup plus disruptif que j’espère matérialiser un jour. Gennevilliers n’est qu’un point de départ, un acte politique prémédité visant à rappeler à mes contemporains qu’il existe des lois biologiques avec lesquelles nous ne pouvons plus négocier et qui transcendent l’idée de "méthode". Je voulais nous inviter collectivement à poursuivre les réflexions éducatives, sur une base scientifique, en dehors de toute chapelle pédagogique.