Opinions
Une opinion d'Assita Kanko, auteure et femme politique élue à Ixelles (MR).


En Afrique, on dit que les vielles marmites font les meilleures sauces, mais je ne suis pas sûre que cela fonctionne en dehors de chez grand-mère. Pas en politique belge en tout cas ! Où sont les femmes ?

Je ne vois pas comment nous allons faire de meilleures sauces pour la population avec le type de vieilles marmites politiques dont nous disposons. Il faut peut-être quelques nouvelles marmites ou au minimum de nouvelles recettes…

Où en sommes-nous depuis les attentats et les gros problèmes d’intégration constatés ? Où en sommes-nous avec le sexisme, les affaires, l’insécurité, le désespoir de nombreux policiers qui se heurtent eux aussi au désordre et à l’irresponsabilité ? Les enseignants qui sont seuls à bien des égards ? Où en sommes-nous après l’été de la crisette politique francophone ?

Nous ne sommes nulle part aujourd’hui; nous sommes seulement au spectacle auquel nous n’avons pas forcément choisi d’assister. Nous voulons du changement et on nous impose un spectacle long et ennuyeux. Une politique musculaire qui se passe essentiellement entre une majorité d’hommes et le tout assorti d’un étalage de mauvaise poésie et d’un écran de fumée. On a vu de vieux crocodiles essoufflés qui s’accrochent, mordent désespérément dans les murs du pouvoir parce que la vie sans cela semble si terrible, impossible. Ils sont prêts à tout pour espérer rester en place, quitte à utiliser jusqu’aux dernières miettes de dignité qu’il leur restent. Ils ne voient pas que le monde change et que leur disque est rayé, que bon nombre d’entre nous sommes prêts à écouter d’autres musiques. Et puis, il y a ceux qui ont soudain un rêve. Alors que comme les autres crocodiles, ils ont eu l’opportunité de "faire". En attendant, c’est la population qui trinque. Pour elle, aucune bonne sauce à l’horizon. Les problèmes sont toujours là. Or ce qu’il faut vraiment c’est que le travail soit fait.

Qui va changer la politique ?

Du coup je me demande ce que chaque citoyen répondrait s’il avait l’opportunité d’exprimer ses rêves à ce sujet maintenant. Qui va changer la politique aujourd’hui ? Quelle masse critique peut-elle faire une différence significative ?

Peut-être que ce sont les nouveaux féministes. Voici ce que moi, j’ai envie de lancer comme appel : "Femmes de tous les horizons, unissez-vous, et vous les hommes pourquoi ne pas participer ?" Peut-être que c’est votre énergie combinée qui manque en politique et qui laisse ce vide où se déroule ce spectacle lamentable. Car même si le nombre de femmes a augmenté depuis la loi sur la parité, leur influence, et celle des hommes qui les soutiennent, est encore loin d’être optimale. Il suffit de regarder la scène et les acteurs pour s’en rendre compte.

Mâle dominant et dilemme féminin

© Serge Dehaes

L’absence de femmes au pouvoir et la concentration correspondante des hommes en politique ont non seulement des conséquences sur la façon dont les femmes sont perçues ou traitées et aussi sur la façon dont les priorités sont fixées. "When one woman is a leader, it changes her. When more women are leaders, it changes politics and policies", déclarait à juste titre Michelle Bachelet, présidente de la République du Chili. Aujourd’hui le sexisme est courant en politique comme l’a notamment démontré le documentaire "Sexisme en politique, un mâle dominant" de Stéphanie Kaim pour France Télévisions. Pour une femme, le dilemme est soit de se soumettre et d’agir comme si rien ne l’avait touché ou de se fâcher et potentiellement faire face à des représailles. Mettre davantage de femmes en politique et au pouvoir ne concerne pas seulement la diversité, mais aussi l’évolution de la politique et les dynamismes qui se dessineront.

Il s’agit aussi de définir un programme politique plus complet. Par exemple, lorsque les femmes indiennes se sont installées massivement dans l’administration locale dans les années 1990, elles ont décidé que l’accès aux toilettes et à l’eau potable à proximité des maisons deviendrait une priorité. Les hommes autour d’elles n’avaient pas perçu cette nécessité. Ils n’avaient pas vu le manque de latrines et de puits dans le quartier comme un problème car ce ne sont pas eux qui subissent des agressions sexuelles lorsqu’ils s’éloignent pour se soulager discrètement ou pour chercher de l’eau mais bien les femmes et les filles.

Nouvelles marmites et recettes

"Instead of standing in front of the Parliament, why don’t we go inside and join politics ?", se demandait la jeune Malala Yousafzai. Tout comme les hommes qui dirigent le monde à 90 %, les femmes sont nées, elles aussi, avec le potentiel d’être leaders, mais beaucoup d’entre elles grandissent et se perdent en chemin, apprennent involontairement à se soumettre. Nous devons donc cesser d’être des spectatrices ou des suiveuses et être présentes massivement, pour changer la politique. Contribuer notamment à rendre nos rues plus sûres et notre éducation plus performante. Remplacer le spectacle par des résultats nécessaires. Le changement est possible, aussi bien l’agenda que le style peuvent être transformés si chacun fait son travail au lieu de montrer ses muscles. J’ai envie d’appeler toutes les femmes politiques et les hommes qui les respectent à s’unir au-delà des couleurs politiques et des différences linguistiques et à travailler ensemble sur un projet simple mais important : celui de créer de nouvelles marmites et de nouvelles recettes pour changer la politique.