Opinions

Une opinion de Jeroen Olyslaegers, écrivain.


Chers parents inquiets pour les enfants qui ont des poumons,

Les vacances de Pâques ont commencé et je pense bien à vous tous.

Le documentaire "Pano" sur la qualité de l'air à proximité des écoles n'a laissé personne indifférent. Certaines personnes n'osaient même pas le visionner, car nous savons tous que la qualité de l'air dans ce pays est tout simplement inacceptable pour la santé. Certains d’entre vous ont pris des mesures à Bruxelles dès le lendemain de l'émission avec l'espoir que votre protestation aux portes de l'école deviendrait positivement virale. Et oui, c’est déjà le cas : vendredi dernier les rues d’écoles à Anvers, Gand et Ostende ont été bloquées à titre temporaire, des bannières ont été déployées et des slogans ont été scandés par vous et vos enfants, et cela afin, de manière bienveillante mais ferme, de faire comprendre au gouvernement que c'en est assez. Certains ont déjà annoncé la répétition de cette manifestation tous les vendredis jusqu'aux élections communales d'octobre.

C'est une nouvelle formidable et j'écris cette lettre pour vous encourager du fond du cœur. Pardonnez mon audace et considérez-moi simplement comme un partisan passionné qui est aussi un père qui pendant des années a pédalé pour amener son fils à l'école, comme beaucoup d’autres l'ont fait et feront malgré tout, malgré l'omniprésence nuisible de l’azote. Des groupes d'action comme Ademloos et StRaten-Generaal demandent depuis des années une attention pour cette qualité scandaleuse de l'air, et aujourd’hui, avec #Luchtzaak, ils poursuivent le gouvernement flamand en justice. Greenpeace a entrepris des démarches similaires (et nous ne sommes pas seuls, que ce soit dans ce pays ou ailleurs). L’UE a déjà demandé en 2010 à ses États membres, y compris notre pays, de prendre au plus vite des mesures afin d’affronter le problème. Mais la procrastination de nos décideurs est honteuse et irresponsable.

Aujourd’hui notre société a besoin de vous. Vos capacités de combat et votre ténacité à vous battre pour les poumons de nos enfants doivent nous faire sortir de cette passivité politique. Ce combat s’élève au-delà des partis, des querelles et des illusions politiques, par le simple fait que nous respirions tous le même air sans distinction. Il s’agit de nous tous et vous l'avez très bien compris. Il s'agit également de citoyens qui exigent des solutions, une prise en compte nettement moins légère, la fin des prétextes sournois. Bien que vous manifestez à la porte d’une école, vous n’attendez aucun enfantillage de la part du gouvernement et des mandataires.

Déjà des voix s’élèvent pour tempérer l’ardeur : "ne virons pas à l’hystérie, reconnaissons que la situation était bien pire auparavant". Ne vous laissez néanmoins pas détourner de votre préoccupation. Votre inquiétude pour vos enfants n'est pas une hystérie. Je ne vous ai pas vu délirer ou vous trémousser à ces portes d’école. Vous voulez que des choses changent. Vous exigez des actes et vous en avez assez de ces bavardages soporifiques. Vous serez accusés d'être hypocrites parce que vous possédez une voiture, chose qui démontrerait votre incohérence. Mais vous avez assez de perspicacité et de sagesse pour savoir que dans ce cas, nous serions presque tous hypocrites et inconséquents. Après tout, sans approche globale, tout le monde s’embrouille. Ne vous laissez pas vous culpabiliser, car ces propos proviennent toujours de personnes qui ont peur, peur d’un vrai changement, ou tiennent tout simplement du cynisme. La peur et le cynisme font partie du problème, pas de la solution.

Car les solutions existent. Nous sommes en mesure d’améliorer la qualité de l'air. Nous pouvons faire en sorte que le chiffre de 10 000 décès par année dus à l’air mauvais diminue et que moins de maladies respiratoires apparaissent. Nous pouvons commencer par des interventions relativement simples aux alentours des écoles, s’insérant dans un plan global. Nous pouvons nous inspirer de tant de bons exemples de villes à l'étranger. Tout est possible, mais volonté et courage doivent apparaître chez les décideurs. Et cela pourrait arriver s’ils prenaient conscience de votre sensibilité sur le sujet et votre détermination. Car ce message est au cœur des actions : la conscience est virale et c’est ce qui permettrait à la société de négocier un tournant.

Nous avons besoin de vous et de votre préoccupation. Vos enfants ont deux semaines de vacances de Pâques. Ne laissez pas le feu s'éteindre. Imaginez, créez vos actions avec les enfants, attisez le feu, tenez-vous prêts dès la rentrée et surtout: n'abandonnez pas, manifestez tous les vendredis ou n'importe quel jour. Soyez inflexibles. Vous êtes les meneurs de la révolte, ne vous laissez rien conter.

Vraiment, tous ensemble, vous avez la situation en mains. Mais restez sereins : respirez doucement –j’espère sans trop tousser- et soyez fermes. N'abandonnez pas avant d'avoir sensibilisé toute notre société. Soyez nombreux, très nombreux, innombrables. Améliorez ce monde avec votre inquiétude.

Il est temps, après tout, n'est-ce pas? Il est vraiment temps. Trop c’est trop. Nous avons tous des poumons.

Avec les salutations cordiales et pleines d'espoir d'un vrai supporter,

Jeroen