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Une opinion de Joseph Junker, internaute de LaLibre.be.

Sans que personne ne lui demande quoi que ce soit, la chambre des représentants s’apprête à voter la fin de la transmission automatique du patronyme. Un compromis surréaliste qui a tout d’une bonne blague belge, mais aussi et surtout une loi inutile et génératrice de ce qu’elle prétend précisément combattre: le sexisme.

Certes, cette différence de traitement en faveur de l’homme détonne un peu dans une société qui aime à se revendiquer égalitaire, voire égalitariste. Mais n’y voir qu’un relent de patriarcat, un symbole de domination masculine à abattre pour le plus grand bien de la société heureuse… qui n’avait rien demandé, et bien permettez-moi de trouver cela un petit peu court.

Car on se demande bien de quelle égalité il est question ici ! Comme si la filiation de la mère et du père s'établissait de la même manière, comme si le lien entre l'enfant et le père était dès le premier instant de la vie le même que celui entre l'enfant et la mère, comme si le père pouvait donner vie à un enfant en sa propre chair plutôt que symboliquement en lui donnant son nom !

D’autant plus que dans ce pays où tant de pères attentionnés perdent si facilement le contact avec leurs enfants, et où tant d’autres s’en désintéressent, père et enfants vont perdre la dernière chose qui les relie quoi qu’il arrive : leur nom. Désormais, si je puis imposer au prix d’une négociation (ou d’une dispute) que mes enfants portent au moins à moitié mon nom, mes petits-enfants pourraient en être privés. Par ce vote, la commission de la Justice dépossède la paternité de ce qu'elle a de différent et d'original au profit d’une maternité qui n'est pas, n'a jamais été et ne sera jamais menacée… et qui jusqu’à présent dans son immense majorité n’a aucun intérêt pour la chose.

Un changement à ne pas prendre à la légère

De l’aveu même de ses partisans comme de ses contempteurs, ce décès du multiséculaire patronyme (au sens littéral de « nom du père ») est un changement à ne pas prendre à la légère. Une réforme sociétale de cette ampleur ne peut se faire qu’à condition que le régime actuel soit générateur de conflits, d’instabilité et de mécontentements et/ou qu’il soit contesté par une assise significative de la société. Or il est pertinent de se demander où se trouve cette assise, ces problèmes urgents, cette écrasante majorité qui réclame et justifie ce changement fondamental… motivé en réalité par des raisons purement idéologiques. Il y a pourtant mieux à faire que d’éliminer cette pseudo-discrimination à l’heure où l’écart salariale entre homme et femmes est toujours bien prégnant en Belgique !

Il est par contre de sérieuses interrogations quant aux inconvénients que présente cette réforme. La multiplicité des choix possibles (jusque 10 en 2ème génération) s’avérera rapidement un nœud de ressentiment et d'amertume considérable dans les familles où le nom devient subitement un enjeu. Or il est du devoir du législateur d’édicter des lois qui préviennent les conflits plutôt que d’en susciter de nouveaux.

Tout en me félicitant de vivre dans une société qui ambitionne de donner les mêmes chances aux femmes et au risque de m’attirer l’hostilité de quelque grand inquisiteur de l’Egalité, je n’hésiterai pas à dire que cette loi, outre qu’elle ait tout d’une fantastique pagaille dans la pratique, est le produit d'idées égalitaristes et d’un concept erroné qui voudrait que l'homme et la femme soient exactement identiques. Et ce faisant, paradoxalement, elle engendre envers l’homme le sexisme qu’elle entend combattre. Hommes et femmes s’en seraient bien passé.

Une opinion de Joseph Junker, internaute de LaLibre.be.