Opinions

Une chronique d'Eric De Beukelaer.


Violente allergie pour tout ce qui transforme la société humaine en masse haineuse. Ainsi, l’homophobie.


En 1982 - j’avais 19 ans - sortait le film musical "The Wall" (le mur) basé sur l’album éponyme des Pink Floyd. Sa chanson "In the Flesh", dépeint une rockstar à la dérive, devenue leader fasciste. Sous les acclamations d’une foule fanatisée, l’apprenti-dictateur y hurle au micro : "Y a-t-il des pédés ici ce soir ? Collez-les contre le mur ! Là, il y en a un, qui ne m’a pas l’air comme il faut. Collez-le contre le mur !" Image forte, qui éveille depuis en moi une violente allergie pour tout ce qui transforme la société humaine en masse haineuse, galvanisée par la stigmatisation de boucs émissaires.

Ainsi, l’homophobie. Curieux phénomène tout de même que celui-là… En quoi des personnes ayant une attirance pour le même sexe, seraient-elles une menace pour le vivre-ensemble ? J’appartiens à une Eglise qui - au nom de sa conception de la famille - ne partage pas certaines revendications politiques portées par nombre de militants de la cause homosexuelle. Ce débat, propre à la dynamique démocratique, ne peut cependant servir de prétexte. Et faire en sorte que des peurs irrationnelles affaiblissent le respect dû aux personnes.

Il y a peu, je me trouvais sur le quai de la gare des Guillemins. A côté de moi, deux hommes de ma génération que rien ne distinguait des autres passagers. Au moment de monter dans le train, l’un osa en guise d’au-revoir, un discret baiser sur la bouche de l’autre. En quoi aurais-je dû me sentir agressé par ce geste d’affection ? Imaginons maintenant pareille scène en Tchétchénie.

D’après nombre de témoignages, les autorités y ont arrêté des centaines de personnes homosexuelles. Il y aurait même des incitations faites aux familles de tuer celles-ci pour "laver leur honneur". Le chef de la république caucasienne Ramzan Kadyrov a démenti toute exaction, mais son porte-parole commenta la situation de façon accablante : "Ce sont des mensonges, car des gens comme ça (les homosexuels) n’existent pas en Tchétchénie et si c’était le cas, leurs parents les auraient envoyés à l’adresse dont on ne revient pas." Quelle différence avec Hassan Jarfi…

Il y a cinq ans, son fils fut victime d’un crime homophobe en région liégeoise. Le jeune homme fut battu à mort par ses agresseurs et laissé crever dans un bois. Suite à ce drame, cet ancien enseignant de religion musulmane écrivit un livre et créa la Fondation "Ihsane Jarfi" pour lutter contre l’homophobie. "Si après cela, il faut se taire, confia-t-il, je pense que je ne mériterais pas le titre de père, d’abord, ni de citoyen non plus." L’évêque de Liège lui apporta un entier soutien, en déclarant peu après le drame : "Si, en soi, l’homophobie est déjà répréhensible, il est encore plus inadmissible qu’elle puisse conduire à de tels actes. Une réflexion de la part des responsables de la vie publique et éducative sur l’origine de la violence sous toutes ses formes s’impose. Elle est d’autant plus nécessaire que souvent les faibles et les fragiles en sont, ou risquent d’en être, les premières victimes."

Comment le responsable tchétchène peut-il sérieusement déclarer : "Des gens comme ça n’existent pas chez nous" ? Sous-entendu : ils seraient une création de l’"Occident décadent et perverti". Balivernes… L’homosexualité se retrouve partout où vivent des humains et, apparemment, même au sein du règne animal.

Ce qui détermine l’orientation sexuelle est encore assez méconnu et sans doute pluriel. Mais la réalité est là. Comme tant d’autres, je compte des personnes homosexuelles au sein de ma famille et au nombre de mes amis (ou amies). Ils recherchent la même chose que tout être humain, soit un peu de reconnaissance : être aimés tels qu’ils sont et pour ce qu’ils sont.

Comment réagira le président tchétchène, le jour où son fils ou sa fille lui révélera son homosexualité ? Hurlera-t-il : "Collez-le contre le mur ?"


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