Opinions

Une opinion de Serge Rozen, président du CCOJB, Henri Gutman, président du CCLJ et Joël Kotek, professeur d'université.

A tort ou à raison, certains de nos universitaires, politiques et journalistes ne cessent de nous mettre en garde contre toute idée d’amalgame. Ceux-ci comme ceux-là, nous interdisent de songer au moindre lien entre terrorisme et islam(isme), nous somment de ne rien exiger de nos voisins musulmans qui seraient totalement étrangers aux événements tragiques de ces dernières semaines. A les lire, les responsabilités des attentats de Bruxelles seraient purement étatiques, les causes purement sociétales, les réseaux terroristes ne rassemblant que des laissés-pour-compte d’une Belgique tout à la fois incapable d’intégrer ses pauvres et de s’ouvrir à la différence.

Si l’explication est généreuse, elle pèche sans aucun doute par simplisme. C’est bien au nom de l’Islam qu’assassinent les combattants de Daech, certes d’un Islam minoritaire et pervers mais, à tout le moins, emprunt d’une certaine orthodoxie. Comment comprendre autrement l’attitude ambiguë des docteurs de l’Islam sunnite qui, dans un premier temps, se refusèrent de le condamner, ne manquant pas de saluer en Daech une "force de la révolution impétueuse des sunnites" ? L’affaire est assurément plus complexe que ne le voudraient nos spécialistes.

Cela ne nous empêche nullement de comprendre la nécessité, l’urgence de l’apaisement dans le contexte de crise générale que traverse notre continent. Force est de constater que l’Europe renoue avec ses pulsions suicidaires. Hier encore intégratrice, ouverte à l’Autre et ses voisins, la voilà qui ne rêve plus qu’à se déconstruire, se diviser, renier la formidable feuille de route que lui confia un certain Jean Monnet le 9 mai 1950. L’Europe européenne, l’Europe des Droits de l’Homme se défait, se couvre désormais de barrières, de fils de fer barbelé, de contrôles douaniers, renoue avec des discours xénophobes que l’on croyait définitivement remisés aux oubliettes.

Tout cela ne peut qu’inquiéter ces fils et petits-fils d’émigrés qui, arrachés, ici d’Europe de l’Est, là du monde arabe, ne durent leur salut qu’à cette Europe européenne, en l’occurrence pour ce qui nous concerne à cette Belgique accueillante et généreuse. Tout appelle donc à l’apaisement plutôt qu’à la stigmatisation. Encore faudrait-il que cela soit compris par tous. Trop de prétendus pompiers ne cessent en effet de jouer aux pyromanes.

Nous en voulons pour preuve les propos incendiaires de M. Said Naji, cet élu PS verviétois, qui a comparé les pratiques de l’Etat d’Israël à celles de Daech… sans que cela ne fasse, hélas, grand bruit. Ne serait-il pas temps d’en finir avec ces amalgames débilitants et délétères qui ne peuvent qu’aboutir au pire ? Comment accepter que l’on puisse lier Daech à Israël mais que l’on s’interdise de l’associer à l’Islam ? C’est ce double standard qui explique ici, les attentats ciblés contre des institutions juives; là, les manifestations monstres dès qu’il s’agit du seul Etat juif… et jamais, faut-il le souligner, absolument jamais dès qu’il s’agit d’un autre conflit régional, pourtant cent fois plus meurtrier !

Comment comprendre que l’on interdise, sans doute à juste titre, tout amalgame dès qu’il s’agit de ceux-ci, mais qu’on s’y prête allègrement, sinon l’exige, s’agissant de ceux-là ? Combien de fois, nous Juifs de Belgique, n’avons-nous été sommés de nous désolidariser avec l’Etat d’Israël, pourtant la seule nation démocratique de la région, pourtant le seul bout de terre de Méditerranée orientale où la population chrétienne est en constante progression ?

Il s’agirait donc d’en finir une fois pour toutes avec cet antisémitisme qui ne dit pas son nom. L’antisionisme radical qui pose Israël en Juif des nations est une forme d’antisémitisme. Le mois de mai est propice aux grandes idées. Au 9 mai 1950 répond, en effet, la date du 14 mai 1948 qui vit la création du seul Etat juif que compte notre belle planète bleue.