Opinions

Un témoignage d'Agnès, maman de quatre enfants (*).

Working Mum convaincue, je sais pourtant que ma place est auprès des miens, autour d’un gratin de coquillettes. Tout le paradoxe est là. Pourtant, je suis à ma place en réunion de brief, en réunion de debrief aussi, je suis à ma place dans le TGV de 6.55, dans celui de 21.27, je suis à ma place dans le bar de ce joli hôtel ou dans ce diner orchestré par un chef étoilé. Je suis à ma place lorsque je dois répondre à ce mail agressif ou encore lorsque je dois écouter, docile et mettre mon avis de coté.
Mais la vérité les amis, je vous le dis, je suis vraiment à MA place dans ma cuisine à 19.00, à distribuer un morceau de pain à mes petits affamés, en attendant que le plat sorte du four. Je suis à MA place quand je leur chante les berceuses du soir et quand je leur apporte un 4ème verre d’eau. Je suis à MA place quand je savoure la chaleur de ses bras devant la dernière série Netflix. C’est auprès des miens que je me sens bien.

Ces derniers jours, il y a eu des horaires peu compatibles avec une vie de famille. Ces derniers jours, j’ai été cette mère qui manque les portes-ouvertes de la danse, celle qui regardera une vidéo du spectacle de gym faute de pouvoir y applaudir sa fille, celle qui ne sera pas là au retour de l’ainé, parti 15 jours en classe de découverte… Cette semaine, j’ai eu l’impression d’être partout et nulle part, jamais au bon endroit, ni au bon moment. Dans ces moments-là, la culpabilité prend vite le dessus. Dans ces moments là je me souviens que moi, dans le calme ou dans le bruit, à la lumière du jour et même lors des réveils la nuit, c’est dans le confort de mon foyer que je m’épanouis.

Puis comme toujours, le rythme finit par ralentir, la tête par sortir du guidon, et je prends alors un peu de temps pour me poser la question. Est ce que ce bonheur domestique, celui que j’éprouve lorsque ma maison est propre et ordonnée, lorsque j’ai réussi ma soupe de légumes et le gâteau pour le goûter des enfants, est ce que que ce bonheur là aurait la même saveur, si je ne connaissais que celui là ? Serais-je aussi heureuse par une chambre rangée ou par un tas de linge propre si je devais m’y atteler tous les jours, sans exception, du lundi au dimanche, sans RTT ni jour férié ? Je ne sais pas, je ne pense pas. Alors je continue de faire le grand écart, réunion de 18 heures et préparation d’un quatre-quarts, et je ne me plains de rien bien au contraire, mesurant la chance d’avoir la possibilité de tout faire.

(*) : Ce texte a initialement été publié sur le blog Quatre enfants