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Une politique de l'immigration plus transparente, mieux combattre la petite criminalité comme les actes de racisme, aider les enseignants mais responsabiliser les parents, renforcer l'obligation scolaire mais aussi l'insertion dans la société via le travail...: il y a une tâche pour tous.

Ministre-Président du gouvernement flamand

Notre société se trouve à un tournant de son histoire. C'est la raison pour laquelle j'aimerais m'exprimer plus en détail sur la vision et les actions du Gouvernement flamand face à ce que nous appelons «les problèmes de société». Les motifs des auteurs des agressions aveugles sont incontestablement aussi personnels et complexes, mais ces crimes constituent également une mission pour les autorités et la société.

La cohésion sociale en Flandre est confrontée à deux foyers d'incompréhension et de frustration se renforçant l'un l'autre. D'une part, nous trouvons les personnes qui sont vexées par des actes de vandalisme, de violence et d'autres délits du type de la soi-disant «petite» criminalité, voire par un manque de respect à leur égard. Elles sont frustrées lorsqu'aucune suite n'est donnée à leurs plaintes. De ce fait, certains recherchent un bouc émissaire pour tout ce qui à leurs yeux ne fonctionne pas: l'allochtone. D'autre part, nous trouvons les personnes d'origine allochtone qui veulent construire leur vie dans notre pays et qui veulent s'intégrer, tout en conservant leur identité propre, dans notre société. Elles se sentent toutes mises dans le même sac qu'une minorité d'individus qui s'est entièrement mise à l'écart de la société. Entre ces deux groupes il y a la société et les autorités qui confondent parfois tolérance avec indifférence.

La toute grande majorité des Flamands qui se sentent abandonnés n'est pas raciste. La toute grande majorité des allochtones qui se sentent également laissés de côté n'est pas fondamentaliste. Nous devons bien comprendre leurs peurs et leurs frustrations et agir avec celles-ci. Ces deux groupes ont droit à plus de respect et à une action alerte et attentive des autorités publiques. Pour cela, il faut une analyse claire des problèmes et un débat et des raisonnements sains sur les solutions à y apporter.

La croyance bien intentionnée et béate en un multiculturalisme qui ne voit pas les problèmes, n'est pas la bonne réponse. Elle mène à une nouvelle dualité dans la société entre les «antiracistes» et les racistes, sur la base de la mise en exergue systématique des problèmes. La rhétorique et les actes racistes, inacceptables d'un point de vue moral, ne sont pas non plus une réponse.

La majorité de la population n'est pas «béatement multiculturelle» et elle n'est pas raciste. Elle s'est exprimée entre autres par la marche silencieuse à Anvers vendredi dernier. Elle sait que nous pouvons trouver des solutions par une meilleure prise en compte des problèmes et en travaillant à un meilleur dialogue.

Tout d'abord, il faut une politique de l'immigration juste, transparente, efficace et il faut combattre toute forme de criminalité. Dans ce domaine le Gouvernement flamand veut être un partenaire actif et loyal du Gouvernement fédéral et des administrations locales. La «petite» criminalité dans nos villes, souvent commise par de jeunes allochtones, doit être réprimée de manière plus efficace. Un plan en plusieurs étapes a été convenu avec le Gouvernement fédéral pour l'application du nouveau droit de la jeunesse.

Deuxièmement, nous devons réagir de façon plus alerte face aux paroles et aux actes de racisme. La ministre Kathleen Van Brempt travaille sur un décret-cadre à propos de cette approche.

Troisièmement, nous devons investir dans la société elle-même. Cela commence au niveau de l'éducation. L'offre d'une assistance en matière d'éducation de la ministre Inge Vervotte, doit renforcer les compétences éducationnelles des parents. Dans le cadre de la participation à l'enseignement, nous voulons également favoriser la responsabilité des parents au niveau de la scolarité. Cela peut aider les enseignants qui doivent accomplir leur tâche dans des conditions parfois très difficiles.

Lorsque cela se passe mal à l'école, il faut intervenir. Dans sa note sur une meilleure application de l'obligation scolaire, le ministre Frank Vandenbroucke démontre clairement qu'il est temps pour une approche plus contraignante. La scolarité obligatoire à temps partiel sera transformée en un engagement de temps plein partagé aussi dans les faits entre des activités scolaires et professionnelles. On ne fait pas des jeunes de 15 ans et plus des personnes responsables en les envoyant deux jours à l'école et en les laissant traîner dans les rues pendant trois jours.

Au niveau de la politique du travail, nous menons également une politique de groupes cibles avec des droits et des devoirs. Le plan arrêté par le gouvernement à ce sujet comprend des mesures spécifiques pour les jeunes faiblement scolarisés. Dans les villes, un trajet d'accompagnement est tracé avec toutes les instances concernées en vue de leur insertion dans le marché du travail. Le ministre Geert Bourgeois a décidé de réserver une partie des fonctions au sein de l'administration pour des sollicitants d'origine allochtone...

Quatrièmement, l'intégration signifie que l'on a le droit de garder son identité entre autre culturelle et religieuse tout en ayant des opportunités de développement, mais également que l'on a l'obligation de souscrire aux valeurs et aux règles fondamentales ainsi qu'aux lois régissant notre vie en société. Le nouveau décret d'intégration du ministre Marino Keulen impose à tous les nouveaux venus qui veulent s'établir dans notre pays de manière permanente et légale de suivre un trajet d'intégration: des cours de néerlandais pour les allophones, un accompagnement vers le marché du travail et un cours d'orientation sociale.

Le danger d'une dégradation de notre société est une réalité. Les slogans tels que «La Flandre aux Flamands» n'y changent rien. La diversité n'est pas un choix, c'est un fait. Le choix que nous avons est de vivre dans cette diversité en dialoguant ou en se confrontant. D'une manière réaliste, nous optons pour le dialogue. Vivre ensemble dans la diversité est un verbe. Et il y a beaucoup de pain sur la planche, pas seulement au niveau politique; la société dans son ensemble est responsable.

A partir de cette perspective et à partir de l'acceptation du fait que nous ne sommes pas des individus isolés qui concluent des contrats avec l'Etat et le marché mais des personnes solidaires, les autorités doivent soutenir l'engagement social des personnes et de la vie associative. Elles réalisent dans les villes et les quartiers la citoyenneté active, l'intégration, la tolérance et une société chaleureuse. C'est la raison pour laquelle je désire être, avec le ministre Bert Anciaux, un partenaire des associations et nous nous engageons à encourager d'une manière concrète ce champ social et l'engagement volontaire d'autant de personnes.

Le respect dans une société se développe à travers plus de contact, plus de dialogue, plus de rencontres. La rencontre a lieu lorsqu'on fait des choses pour quelqu'un ou avec quelqu'un sans aucune contrainte ou but lucratif, lorsque ce n'est pas une «obligation». La vie associative dans ses nombreuses formes crée ces opportunités et réalise le respect pour chacun dans son unicité.

Je suis convaincu que la Flandre veut rester une société tolérante. En agissant correctement avec la diversité, sans pour autant nier les problèmes ou les exagérer, nous réussirons à réaliser la société multicolore. Ces deux dernières années, le Gouvernement flamand a posé des balises pour une approche réaliste des problèmes de société. Les signaux de la société viennent nous conforter dans notre approche. Le Gouvernement flamand ne peut cependant pas réussir tout seul, il fait appel à la collaboration de chacun.

Titre et sous-titre sont de la rédaction

© La Libre Belgique 2006