Opinions Comment le professeur Omasombo peut-il affirmer que "Le nationalisme katangais est une création coloniale" ? Il fait croire que le Katanga est la seule région d’Afrique à avoir été colonisée et oublie les élections de 1959, fondatrices du nationalisme katangais. 
Une opinion de Ghislain Kishiba, entrepreneur katangais, membre de la Cokatom (communauté katangaise d'outre-mer).

Je viens de prendre connaissance, avec un certain retard, de l’interview par Marie-France Cros du professeur Jean Omasombo, publiée sous le tonitruant : "Le nationalisme katangais est une création coloniale".

Il est difficile de savoir si le sujet central de cette interview est le Haut-Katanga ou le Katanga. Il se pourrait que je manque d’objectivité, mais M. Omasombo parle du Katanga et je suis katangais. Et, ne lui déplaise, je n’en suis pas honteux.

À l’instar de Brennus, depuis 1963 nos compatriotes congolais estiment que la balance n’est jamais assez chargée pour jeter l’opprobre sur les Katangais. M. Omasombo s’inscrit dans cette tradition qui veut que d’un côté se trouvent des génies visionnaires et de l’autre des gens incapables de réfléchir par eux-mêmes.

Après longue réflexion, M. le professeur nous apprend que le Haut-Katanga était sous-peuplé et que pour les besoins de l’exploitation minière, il fut fait appel à de la main-d’œuvre en dehors du territoire katangais.

Pour rappel, le Congo fait un peu plus de 2,3 millions de km2 et, en 1960, la population de la République était estimée à 13,5 millions d’habitants. C’est-à-dire 4/5 de la population des Pays-Bas aujourd’hui, pour une superficie 55 fois supérieure. La ville de Kinshasa, aujourd’hui, a une population équivalente à celle qu’avait le pays tout entier en 1960.

Toutefois, pour le professeur Omasombo, seul le Katanga était sous-peuplé !

Élections fondatrices du nationalisme katangais

On ne peut parler véritablement d’élections en 1957. L’autorité coloniale avait dressé une liste de candidats pour lesquels les indigènes devaient se prononcer. C’est en 1959 que les vraies élections, avec candidature individuelle et volontaire, se sont déroulées. Et les résultats furent différents de l’exercice de 1957. J’espère que nous trouverons une étude comparative, brève ou longue, entre les résultats de ces deux scrutins.

D’une part M. Omasombo prétend que le nationalisme katangais est une création coloniale, d’autre part, il affirme que les élections de 1957 sont fondatrices de l’identité katangaise. Nous espérons qu’il nous sera peut-être donné un jour de comprendre comment des élections peuvent être fondatrices d’une identité qui n’est qu’une création coloniale.

Le manque de personnalités du Haut-Katanga

Parmi les personnalités de premier plan figurant dans le gouvernement de l’État du Katanga me viennent spontanément à l’esprit Godefroid Munongo, Joseph Kiwele et Jean-Baptiste Kibwe. Si ces trois leaders politiques ne sont pas du Haut-Katanga, alors il nous faudra tous réviser nos cours de géographie.

Alors qu’Evariste Kimba, Jérôme Anany, Emmanuel Bamba et Alexandre Mahamba se faisaient assassiner par pendaison publique en 1966, Munongo subissait la rigueur de la prison, de même que Kibwe.

Manzikala fut nommé gouverneur, succédant au général Masiala, pour instaurer la terreur au Katanga et particulièrement à Lubumbashi. Le message pour tous les Katangais était clair : la soumission ou les pires sévices.

Dans ces conditions, très peu favorables à l’épanouissement politique, social et personnel des autochtones, il n’est peut-être pas surprenant que M. Mobutu ne soit pas parvenu à créer une personnalité d’envergure nationale originaire du Haut-Katanga. La sélection était très sévère, il fallait être un fervent adorateur du guide et un serviteur zélé. Les Hauts-Katangais devaient manifestement manquer de talent.

Toutefois il me semble qu’une petite parenthèse a échappé à M. Omasombo. Edouard Bulundwe, ancien gouverneur du Katanga oriental, fut le numéro 2 du régime à la toute fin des années 60’, début des années 70’. L’histoire étant écrite par les vainqueurs, les personnalités katangaises sont généralement ignorées ou, au mieux, accessoirisées.

Le Katanga, seule création coloniale ?

L’absence de nuances dans l’affirmation de M. Omasombo peut faire croire que le Katanga est la seule région d’Afrique à avoir été colonisée. Heureusement que l’OUA, aujourd’hui Union africaine, a écrit dans sa charte que l’on ne touchait pas aux frontières héritées de la colonisation. Le Katanga en tant que tel n’est pas partie prenante de cette illustre organisation syndicale.

L’Afrique et ses nationalismes sénégalais, zambien, malien, angolais, ougandais, zimbabwéen… ne seraient-ils pas aussi des créations coloniales ?

L’histoire nous enseigne que nous sommes passés du statut de propriété personnelle de Léopold II, qui la baptise "État indépendant du Congo", à celui de colonie belge. M. le professeur ne trouverait-il pas dans d’autres musées, caves et greniers, 25 tonnes de documents qui disent que, de 1885 à 1960, le Congo a été sous administration belge ? L’État congolais a donc été une création belge.

Non seulement les Belges fabriquent le Congo, mais ils l’enseignent aux "indigènes". C’est eux les instituteurs, c’est eux les missionnaires qui nous donnent une nouvelle religion et servent d’interprètes entre les compatriotes congolais. Ce sont les Belges qui font du lingala la langue de l’armée et nous donnent des prénoms exotiques. C’est encore eux qui font les premiers brassages de populations.

Ni le manioc ni le maïs ne sont africains et, je vous l’assure, M. Omasombo, il n’y a pas qu’au Katanga que l’on en consomme.

Nous avons peu la culture du débat au Congo, nos échanges consistent à se jeter au visage des sentences aussi définitives que celle de M. Omasombo. Et tout contradicteur est habituellement considéré comme un ennemi du pays, un valet du néocolonialisme, voire un complice de l’assassinat du légataire universel de Léopold II, M. Isaïe Tasumbu Tawosa (NdlR : nom originel de Patrice Lumumba).

Pour construire le Congo, comme l’Afrique, un peu d’humilité. Donnons-nous la peine de nous écouter.