Opinions
Une chronique de Christophe Ginisty.


La situation actuelle - guerre commerciale, crise des migrants, embargo sur l'Iran - devrait inciter les chefs d’Etat à changer leurs relations publiques avec le Président américain.


La séquence que nous venons de vivre avec l’instauration d’une guerre commerciale ouverte avec l’Europe et le Canada, un G7 calamiteux, ostensiblement méprisé et balayé en un tweet, une surenchère dans la lutte d’influence avec la Chine sur le commerce mondial, le retrait unilatéral de l’accord sur l’Iran, le traitement inhumain des familles de migrants à la frontière mexicaine avec l’isolement des enfants, enferme un peu plus Donald Trump dans une Maison-Blanche imprenable et hostile, peuplée par une administration qui revendique sa ligne dure fermée au dialogue et à la coopération.

Sans se prononcer sur le fond du débat qui n’est après tout que l’application aveugle d’un programme électoral pour lequel les Américains ont voté, la situation actuelle devrait inciter les autres chefs d’Etat à changer leurs relations publiques avec le président américain. Finis les mamours et les tapes dans le dos, les amabilités convenues et la fausse proximité, les interminables poignées de mains que rien ne saurait séparer, les peuples ne le comprendraient pas et ne le toléreraient certainement pas.

Sans souhaiter que les relations entre les différents pays se détériorent, les conseillers en communication ont désormais un défi de taille à régler : comment devront-ils afficher la permanence de relations diplomatiques entre alliés historiques et néanmoins marquer la nécessaire distance que les chefs d’Etat doivent afficher pour marquer clairement leur désapprobation ? Comment mettre en scène l’amitié mais non pas la complicité docile ? Comment le faire comprendre sans la moindre ambiguïté par les images qui inondent les médias du monde entier lors de ces rencontres ? Quand on voit le succès viral de la photo du G7 où Trump, assis et stoïque, les bras croisés, fait face à Merkel et les autres chefs d’Etat, on comprend qu’une partie de la bataille d’opinion va désormais se situer à ce niveau.

Ceci peut vous paraître accessoire mais il n’en est rien.

Les sommets et autres rencontres entre chefs d’Etat sont essentiellement et avant tout des exercices de communication destinés à diffuser une série de messages au monde entier via des moments savamment mis en image. Sur le fond, ces rencontres ne sont que l’infime partie immergée d’un iceberg dont la matière est travaillée des mois durant en amont par les sherpas et autres conseillers. Sur la forme, les chefs d’Etat sont les acteurs éphémères mais principaux d’un spectacle hyper-scénarisé.

Infréquentable ?

Les récentes décisions du président américain compliquent désormais l’écriture de ces scénarios médiatiques. Emmanuel Macron et Angela Merkel pour ne citer qu’eux ne peuvent plus se permettre de projeter une complicité qui serait interprétée comme de l’approbation et se pavaner, hilares, dans des restaurants étoilés avec celui qui est devenu infréquentable.

Désormais, il va falloir mettre en scène la divergence des points de vue, de la différence dans la sensibilité et de la claire désapprobation sans que ce soit pour autant de la discorde sur petit écran. La cordialité devra remplacer la complicité et ça devra sauter aux yeux. En un mot, l’exercice de communication devra consister à faire percevoir aux opinions publiques le changement de ton via de nouvelles postures.

Mais si l’équation ne peut être résolue par les gourous de la communication et autres chefs d’orchestre de la diplomatie, cela pourrait nous conduire tout simplement à la disparition des rencontres officielles bilatérales ou des sommets de type G7 ou G20. C’est aussi une possibilité mais cette éventualité ne ferait guère progresser le débat.

On doit ici bien le comprendre, cet enjeu de communication est un enjeu politique majeur. La difficulté à exprimer clairement des opinions qui correspondent à la réalité des divergences par de nouvelles stratégies d’image peut avoir des répercussions non négligeables sur les relations diplomatiques en amplifiant les inimitiés plutôt qu’en les aplanissant.