Opinions
Une chronique de Colette Malcorps et Jacques Laffineur, co-présidents de la Commission de l'aide à la réussite (Ares) et respectivement directrice-présidente de l'Ephec et conseiller aux études à l'UCL.


Y aurait-il un effet répulsif ? En tout cas, les soutiens sont mieux perçus s’ils ne sont pas présentés comme "aides".


Réussir dans l’enseignement supérieur repose de plus en plus souvent sur une adaptabilité des parcours d’études et les pratiques d’aide à la réussite dont bénéficient les étudiants gagnent en efficacité lorsqu’elles se conforment à des exigences particulières. Telles sont en bref les principales conclusions d’une recherche menée à l’initiative de la Commission de l’aide à la réussite de l’Ares (Académie de Recherche et d’Enseignement Supérieur) (1). Les limites de la présente chronique ne permettent pas d’en proposer ici une synthèse complète. Bornons-nous à épingler quelques éléments susceptibles d’intéresser directement les acteurs de l’aide à la réussite offerte aux étudiants faisant leurs premiers pas dans un programme de bachelier et à ceux éprouvant des difficultés plus tardives durant cette période de leur cursus.

La disponibilité des enseignants est l’outil que les étudiants trouvent le plus utile. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un dispositif, mais d’un moyen privilégié, celui du soutien bienveillant, à la fois empathique et exigeant, que les étudiants attendent de leurs professeurs. Parmi les autres outils les plus appréciés par les étudiants, mentionnons les ressources sur internet, les séances de méthodologie et, tout simplement, les supports de cours écrits. Il s’agit certes d’outils très répandus, accessibles à tous les étudiants et qui ne visent pas spécifiquement les étudiants en difficulté.

Sont étonnamment peu plébiscités par les étudiants : les guidances, les tutorats, les parrainages, les blocus assistés, les tests diagnostiques… Si ces outils ne sont pas tous proposés dans l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur, il convient de s’interroger sur leur nature. La plupart d’entre eux visent à aider à résoudre des problèmes (l’hypothèse est que c’est ainsi qu’ils sont perçus) et sont destinés en priorité aux étudiants en difficulté. Pour solliciter ce type d’aide, l’étudiant doit donc, d’abord, se sentir dans cette situation et, ensuite, accepter de le reconnaître et de l’exprimer. Ce constat conduit à se demander si le mot "aide" n’induit pas lui-même un effet répulsif. En tout cas, les pratiques d’aide à la réussite sont vraisemblablement mieux perçues si elles ne sont pas présentées comme telles et si elles sont intégrées dans le programme "normal" de l’étudiant.

On observe aussi que les bonnes pratiques de promotion de la réussite ne trouvent pas à s’appliquer indépendamment du reste : elles sont d’autant plus utiles qu’elles sont en lien avec d’autres formes de soutien, psychologique et social notamment. Celui-ci émanera du personnel enseignant mais également du personnel administratif concerné par l’aide aux étudiants, au sens large.

Donnons à Leila Mouhib, chercheuse et auteure de l’étude précitée, le dernier mot qui résume l’impression générale résultant de ses rencontres avec les étudiants : "Les récits d’entretiens mettent au jour l’existence d’un terreau commun, quelle que soit la diversité des parcours et des profils : besoin de reconnaissance, d’intégration et d’affiliation, besoin de figures de soutien salvatrices à certaines étapes, etc. Tout cela souligne l’importance d’une approche d’accompagnement globale, prenant en compte également les enjeux émotionnels et sociaux d’un parcours d’études supérieures."

Il n’est dès lors pas vain de souligner, au seuil du blocus et de la session d’examens dans lesquels vont s’immerger, pour plusieurs semaines, des dizaines de milliers de jeunes, que le soutien individualisé qu’ils peuvent légitimement attendre peut aussi se trouver au sein de leur famille et de leur réseau d’ami(e)s, après que les acteurs de l’encadrement pédagogique auront joué leur rôle.

(1) Les résultats de l’étude intitulée "Réussir ses études. Quels parcours ? Quels soutiens ? Parcours de réussite dans le premier cycle de l’enseignement supérieur" sont accessibles sur le site www.ares-ac.be.