Opinions
Une chronique de Jan De Troyer.

Ce n’est pas le dernier film burlesque "FC De Kampioenen n° 3" qui va redresser la barre.


Pendant que les stars du grand écran sont absorbées dans le choix difficile d’une robe qui leur permettra d’enflammer le tapis rouge à Cannes, les cinéastes flamands sont confrontés à des questions bien plus existentielles. Avec 1,7 million de spectateurs au cours de l’année 2017, le cinéma flamand affiche le pire résultat de ces dix dernières années. Selon le rapport annuel du Vlaams Audiovisueel Fonds, l’instance qui soutient la production audiovisuelle en Flandre, 1,693 million de personnes ont acheté l’an passé un ticket pour aller voir un film flamand : une baisse de onze pour cent par rapport à 2016. En deux ans, le cinéma flamand a perdu un cinquième de son audience.

La crise des salles de cinéma est un phénomène international : il est apparemment de plus en plus difficile de motiver les gens à s’y rendre. La concurrence de Netflix et de la télévision à la demande joue son rôle, tout comme la qualité supérieure des enceintes Home cinéma. Mais en Flandre, le recul est nettement plus dramatique qu’ailleurs. Il fut un temps où le bon Flamand se sentait plus ou moins obligé d’aller voir chaque sortie d’un film made in Vlaanderen.

Ce temps est révolu. De septembre à décembre, période la plus propice à la sortie d’un film, une nouvelle production flamande est à l’affiche tous les quinze jours. On produit tout simplement trop de films flamands. C’est la conséquence d’un système de subventions qui fractionne le soutien financier sur de nombreux projets.

L’euphorie qui régnait il y a quelques années dans le cinéma flamand est donc terminée. En 2014, la sélection parmi les nominés aux Oscars pour le prix du meilleur film en langue étrangère de "The broken circle breakdown "de Felix Van Groeningen a tenu la Flandre en haleine pendant plusieurs semaines. Ce fut la dernière fois que le cinéma flamand fut à deux doigts de la percée internationale, tant désirée depuis bien des années. Certes, certains films flamands s’invitent toujours aux festivals internationaux. Mais une distinction au top niveau international fait cruellement défaut au palmarès.

La Flandre cache difficilement sa jalousie quand on parle des Palmes d’Or obtenues par les frères Dardenne à Cannes. Mais on pouvait se consoler en voyant le succès commercial. Il y a dix ans, le thriller "Loft" d’Erik Van Looy battait tous les records pour atteindre 1,194 million d’entrées. Tandis qu’une production francophone attire en Belgique rarement plus de 100 000 spectateurs, plusieurs films flamands ont au cours des 20 dernières années allègrement dépassé le cap des 500 000 entrées. Aujourd’hui, c’est précisément cet atout qui est menacé.

La presse flamande a donc cherché quelque soulagement dans le succès actuel du film burlesque "FC De Kampioenen" (3e épisode). Fin mars, il totalisait 600 000 spectateurs. Selon la mythologie surréaliste, André Breton avait un faible pour des films idiots. Avec les trois épisodes de FC De Kampioenen, il aurait certainement trouvé son bonheur. Ces variantes démodées du style Bourvil/Louis de Funès ne sont malheureusement pas l’exception du cinéma flamand. Actuellement, les grands pontifes de la culture flamande veulent que "la culture soit populaire", surtout quand elle est subventionnée "avec l’argent des contribuables". La vision de "FC De Kampioenen n° 3" incite à croire que l’on prend lesdits contribuables pour des imbéciles.

Ce ne sera certainement pas par ce genre de production que l’on va sortir le cinéma flamand de l’impasse. On pourrait commencer par chercher des stratégies pour le sortir de son nombrilisme régional qui se reflète dans des dialogues en dialecte, le plus souvent anversois.