Opinions
Une opinion de Florie Buecheler, rédactrice, conseil communication et conteuse d'histoires optimistes. 


Les recettes ne manquent pas : posséder une Rolex avant 50 ans, acheter le dernier gadget à la mode, avoir sécurité de l’emploi, maison, voiture ? Et si la bonne question était plutôt : quelle est ma juste place ?

Comment trouver le bonheur ? C’est une question que l’humanité se pose depuis des millénaires, si l’on en croit tout ce que la philosophie ou la religion ont développé sur le sujet au fil de l’histoire. De nos jours, ce sont les livres de développement personnel qui fleurissent, les coachs, les formations, et même la recherche scientifique à travers, notamment, la psychologie positive.

Nous rêvons d’être heureux. Et les recettes ne manquent pas pour répondre à la question : comment trouver le bonheur ? On nous explique quelle vie construire pour être heureux, mais selon les standards de qui ? Posséder une Rolex avant cinquante ans, est-ce la clé du bonheur ? Peut-on s’en rapprocher en achetant le dernier gadget à la mode ou en buvant cette boisson qui promet d’ouvrir du bonheur ? La sécurité de l’emploi rend-elle tout le monde heureux ? La solution est-elle dans l’emprunt immobilier, la voiture familiale et le chien ?

Plein de gens sont ravis de nous fournir des réponses, parfois utiles (le développement de la psychologie positive est une très bonne chose, par exemple), parfois douteuses (notamment à travers certains publicitaires qui utilisent notre soif de bonheur pour nous délester de notre argent), et parfois adaptées à certaines personnes mais pas à d’autres.

Mais que se passe-t-il lorsque l’on écoute ces réponses toutes faites à notre besoin d’être heureux et que ça ne marche pas ? C’est ce qui m’est arrivé lorsque j’ai décidé de quitter mon emploi. Après cinq ans d’études et six ans d’une carrière prestigieuse et rémunératrice, le bonheur n’était pas au rendez-vous. Pourtant, je pensais faire ce qu’il fallait pour être heureuse.

Pour moi, le problème ne réside pas dans ces réponses proposées à celui ou celle qui cherche le bonheur. Après tout, de nombreuses personnes sont comblées par leur emploi, leur maison, leur voiture familiale, leur chien, ou leur Rolex.

Et si le problème, c’était la question ?

Par exemple, que se passerait-il si l’on se demandait "Qui suis-je ?" Dans une conférence TEDx, l’écrivain Laurent Gounelle pose la question de l’identité. Il propose l’idée que moins on sait qui l’on est, plus on a envie d’exister. Ainsi, on se crée une identité en s’accrochant à ce qui nous valorise : le métier ou l’emploi, l’apparence physique, l’intelligence ou la culture, les possessions…

Peut-être est-ce pour cette raison que nous aimons tant nous mettre dans des cases, en fonction de notre classe sociale, notre type de métier, notre âge, lieu de vie, notre type d’alimentation, etc.

Mais nous sommes bien plus que toutes ces représentations. Et si nous arrivons à nous en délester pour découvrir ce qui se cache en dessous, nos envies, ce que notre cœur nous murmure, alors nous pouvons nous construire une vie qui nous ressemble et nous épanouir. Ne serait-il pas là, alors, ce fameux bonheur que tant cherchent ?

Créer une vie qui nous ressemble

Derrière cette question,"Qui suis-je ?", s’en trouvent bien d’autres : qu’ai-je envie de faire, qu’est-ce qui m’intéresse, qu’est-ce qui compte pour moi ? A travers ces questions, on commence à tracer son propre chemin de vie.

Dans son livre "Trop intelligent pour être heureux ?", la psychologue praticienne Jeanne Siaud-Facchin relie ce concept de place dans la vie avec le bonheur : "Ce qui nous rend heureux est la sensation, au ‘creux de soi’, d’être à notre juste place et de vivre la vie qui nous convient et qui nous ressemble. Dans ce cas, on n’a pas emprunté des voies sans issue ou des chemins très éclairés, mais qui nous éblouissaient sans nous satisfaire, on ne s’est pas aventuré sur des chemins tracés par d’autres et que nous n’avions pas choisis." (1)

En d’autres termes, la question que nous devrions nous poser ne serait-elle pas plutôt "Quelle est ma juste place ?"

La première fois que j’ai entendu parler de ce concept d’être à sa place, c’était dans une conférence TED d’Elizabeth Gilbert, écrivaine rendue célèbre par le livre "Mange, prie, aime". Elle explique que ce qui l’a sauvée de la paralysie de ce succès phénoménal, où tout ce qu’elle pouvait écrire ensuite serait forcément décevant, c’était de se souvenir que l’écriture était sa maison. Alors elle s’est remise au travail car, quel que soit le résultat, lorsqu’elle écrit, elle se sent à sa place.

En répondant à cette question, "Quelle est ma juste place ?", alors nous traçons notre propre chemin, nous créons nous-même la vie qui nous rendra heureux à partir de nos valeurs, nos convictions, nos priorités et nos talents. Une vie qui nous fait vibrer, qui nous motive, qui nous permet de contribuer et de grandir.

Surmonter les difficultés

Trouver sa place, et se fabriquer un certain bonheur par l’épanouissement, ne signifie pas éliminer toute difficulté de la vie. Peut-être croit-on, à tort, qu’être heureux signifie se sentir toujours bien, ne jamais avoir de problèmes.

Au contraire, pour tracer son propre chemin, il faut du courage, et il y aura toujours plus d’obstacles devant une route que l’on taille soi-même que devant un chemin tout tracé par d’autres.

Mais cette confiance en soi amenée par la certitude que l’on est à sa place apporte le courage, la résilience et la persévérance nécessaires pour venir à bout de ces difficultés. Comme le dit Jeanne Siaud-Facchin : "Ce qui ne veut pas dire que l’on ne rencontre pas d’obstacles et que la route est sans dangers. Mais on saura comment les affronter, comment se confronter à l’imprévu, comment vivre l’inattendu. Avec de la tristesse, de la souffrance parfois, de la rage ou de la colère, mais toujours avec un ancrage intérieur qui nous arrime au monde, qui nous rend indissociable de notre chemin, qui ne nous détourne pas de notre voie." (1)

Laurent Gounelle, lui, parle d’échec. Il dit que ce sont les échecs qui l’ont aidé à savoir qui il était. Les échecs nous permettent d’expérimenter la vie pour trouver notre place. A titre d’exemple personnel, l’échec du CDI que j’ai quitté m’a permis de savoir que ce n’était ni le salaire élevé, ni la sécurité de l’emploi qui me rendrait heureuse par eux-mêmes. J’ai découvert que je n’étais pas à ma juste place, et que j’avais besoin de la retrouver.

Dans une société qui présente l’échec comme quelque chose à éviter à tout prix, apprenons à oser, tenter, échouer, apprendre et recommencer. Napoléon Hill dit que la seule manière de ne pas réussir, c’est d’abandonner en cours de route. (2) Ou de ne pas oser se lancer, ajouterais-je.

Dans la recherche de notre propre chemin de vie, de l’épanouissement, si nous acceptions la possibilité de l’échec ? Si nous vivions chaque obstacle comme une occasion d’en apprendre un peu plus sur nous-mêmes, de tracer notre chemin propre ?

Ainsi, petit à petit, nous pouvons nous construire une vie authentique, en accord avec nous-mêmes, en confiance avec nous-mêmes et le monde, à notre juste place. Et si c’était cette sensation d’être à sa place qui, finalement, rendait heureux ?

Et si la bonne question à se poser n’était pas "Comment trouver le bonheur ?" mais "Quelle est ma juste place ?"