Opinions L’immigration ne domine pas le débat électoral, l’extrême droite n’a rien compris. Les Flamands ont d’autres soucis. Une chronique de Jan De Troyer.

Selon les vieux crocodiles du Vlaams Belang, l’immigration devrait dominer les prochaines élections communales en Flandre. Filip Dewinter a invité la N-VA anversoise à former "une coalition à l’italienne". Mais il n’est pas certain que l’extrême droite ait compris les véritables enjeux de ces élections. D’autres thèmes semblent préoccuper davantage les Flamands. Dans les grandes villes comme Anvers et Gand, la profusion de voitures, les embouteillages, leur impact sur la qualité de l’air, la sécurité routière et la qualité de vie sont autant de thèmes qui animent les débats électoraux.

Coïncidence du calendrier, à quelques semaines des élections, du 16 au 22 septembre, la 17e édition de la Semaine européenne de la mobilité est organisée. Peu après, le 29 septembre, les Flamands découvriront les résultats du projet Curieuzeneuzen (les nez curieux), une initiative de l’université d’Anvers, de la Vlaamse Milieu Maatschappij (VMM - la Société flamande de l’environnement) et du journal De Standaard qui est unique en son genre.

Grâce à cette coopération entre le monde scientifique, la VMM et un organe de presse, un petit dispositif, surnommé "nez artificiel", servant à mesurer les taux de dioxyde d’azote (NO2) dans l’air a été installé chez 20 000 familles flamandes. C’est le plus important projet citoyen jamais organisé en Flandre. Quinze jours avant le scrutin, les résultats seront connus.

Les problèmes de mobilité et leur impact sur notre santé viennent en outre d’être mis en évidence par les premiers résultats du fameux plan de circulation de la ville de Gand. Ils ont étonné tout le monde. On se rappelle que, début 2017, Daniel Termont, le bourgmestre de Gand, s’était fait huer par la foule en annonçant à la réception de Nouvel An que le plan de circulation serait mis en pratique. Il consiste essentiellement dans la création, autour d’un piétonnier élargi, de six zones strictement cloisonnées, obligeant les véhicules qui voudraient passer d’une zone à l’autre de sortir de la ville pour retourner en direction du centre à la hauteur de la zone de destination.

Le plan a été fortement contesté par les commerçants du centre-ville. On comprend le désespoir du propriétaire d’une blanchisserie qui doit convaincre ses clients de parcourir la ville à pied, portant une douzaine de chemises ou 10 kilos de linge, tout en espérant qu’il ne pleuve pas. On ne peut nier la disparition des commerces familiaux traditionnels dans la zone piétonnière gantoise. Mais récemment, la VMM a mesuré la qualité de l’air que respirent les Gantois. Et les résultats sont plus que convaincants.

La qualité de l’air gantois s’améliore deux fois plus vite que dans le reste de la Flandre. Le taux de dioxyde d’azote (NO2), provenant avant tout des véhicules roulant au diesel, très nocif pour la santé, a baissé de 18 % en une année ! En même temps, le nombre de victimes d’accidents de la route a baissé de façon considérable et la sécurité pour les enfants sur le chemin de l’école a fortement augmenté. Il faut donc féliciter M. Termont pour sa fermeté politique qui lui a permis de braver les sifflets et les huées de ses électeurs.

Il faut ajouter pour toute clarté que le bourgmestre de Gand terminera sa carrière politique ce 14 octobre. Pour sauver la société de l’immobilisme, avons-nous donc besoin d’hommes politiques qui sont en fin de carrière ?

Reste à voir si les Gantois récompenseront le parti de M. Termont (SP.A) lors du scrutin communal. Cela permettrait aux socialistes flamands de limiter la débâcle. Aux écologistes, l’expérience gantoise permet de lancer leur campagne. La section anversoise de Groen insiste pour qu’on suive l’exemple de Gand.