Opinions

Un témoignage de Liv, maman de trois enfants et auteure du blog "Maman Lempicka" (*).


Je le sens. C’est là, comme un ballon qui se gonflerait de jour en jour, ou comme une perspective lointaine qui se dévoilerait à l’oeil peu à peu. La plénitude. Le bonheur.


Le moins que l’on puisse dire, c’est que mon métier ne me manque pas. C’est bien simple, je n’y pense quasiment pas, et ce qui est certain, c’est que je n’éprouve, pour l’instant, pas le moindre petit regret d’avoir balancé dix ans de certitudes, d’avantages et de jalons en l’espace d’une soirée.

La route a été longue. Les deux premiers mois ont été très difficiles. Je pleurais très souvent, fragilisée par ce que j’avais subi, perdue dans ce changement de situation brutal, terrorisée par l’avenir.

Mais depuis que j’ai enfin défini une voie de reconversion et que j’ai lâché prise, je me suis rarement sentie aussi bien, de toute ma vie. C’est simple, je suis beaucoup plus épanouie depuis que j’ai quitté mon travail, et ça se ressent dans mon écriture.

Je suis épanouie par ce congé parental. Je ne l’aurais jamais cru. Je pensais sincèrement avoir besoin d’un rythme de vie qui pulse, qui imprime une dynamique à mon quotidien, qui me permettre de me sentir « utile » et d’avoir une vie sociale. Mais cette vie au ralenti, sans stress, cette attention et ce temps que je peux consacrer à mes enfants, cette organisation familiale qui coule de source diffusent un mieux-être familial global qui rejaillit sur nous tous. Regarder mon bébé grandir est un bonheur quotidien dont je ne me lasse pas. Je suis aux premières loges pour observer et mesurer ses progrès, aussi minimes soient-ils.

Je ne m’ennuie pas, mais alors pas le moins du monde. Car je suis épanouie par le blog, évidemment. Sans lui, je n’aurais pas trouvé cet équilibre qui me satisfait tant aujourd’hui. Vu de l’extérieur, tu te dis sans doute que c’est un passe-temps futile, une occupation gentillette, une lubie temporaire et sans profondeur, mais je t’assure que quand on met le doigt dans le pot de confiture, c’est très difficile de s’en défaire. Je n’ai d’ailleurs aucune envie de m’en défaire. Ce blog me stimule intellectuellement comme rarement une activité l’a fait, et me donne confiance en moi. Je suis dans mon élément.

Je suis épanouie en tant que personne. Je commence à pouvoir regarder en arrière et mesurer le chemin parcouru. Je suis fière de m’être reconquise physiquement après des suites de couches très compliquées, je me sens bien dans mon corps, je n’ai pas l’impression de vieillir, ou en tout cas, mon corps ne me le fait pas sentir plus qu’avant. Je me sens réparée moralement de mon accouchement, du post-partum et de ce qui m’est arrivé en début d’année. Je ne ressens plus le moindre besoin de suivre une psychothérapie en ce moment, moi qui y prenais tant de plaisir, je suis surprise du sentiment de légèreté qui accompagne cette libération. Je sais que ces cicatrisations sont indispensables à ce qui va suivre, car la parenthèse enchantée de mon congé parental, sans aucune contrainte, aucune pression, prendra inévitablement fin en septembre avec l’amorce des révisions.

Peu importe ce qu’il adviendra par la suite. L’adversité m’a permis de vivre l’une des périodes les plus heureuses de ma vie, je le sais, j’en prends conscience au moment même où je le vis et ça ne fait qu’en amplifier l’impact. Rien que pour ces quelques mois de félicité en suspension dans un autre espace-temps, je dis merci à la vie, si imprévisible, si injuste parfois, de m’avoir donné la force de transformer de la malfaisance en quelque chose de bien, en quelque chose de bon, même si c’est éphémère, fugace, et que ça me coule inévitablement entre les doigts.

Quoiqu’il arrive, je connais désormais ma définition du mot bonheur.


(*) : Ce texte a initialement été publié sur le blog "Maman Lempicka".