Opinions

CHRONIQUEUR

Il y a quelque chose de tragi-comique dans la récente démarche du sénateur-footballeur-entraîneur Marc Wilmots.

La vedette de nos stades avait été recrutée, dans sa principauté de Jodoigne, par Louis Michel en quête de voix populaires aux dernières élections nationales. La manoeuvre a réussi, le champion a cueilli 100000 voix, et puis il a essayé de pratiquer le jeu parlementaire. Pour se rendre très vite compte qu'il n'était vraiment pas fait pour cela et que le rythme sénatorial et la forme de travail d'équipe qui s'y pratique étaient bien loin de son propre parcours et de sa conception de l'offensive.

L'homme est «fair play». Il a donc décidé de mettre fin à cette erreur de parcours et de démissionner. C'était compter sans un «stuut»: le MR n'a plus de suppléants et une démission entraînerait inéluctablement un scrutin dans l'ensemble de la francophonie appelée à remplacer le siège vacant; le «test» politique - un vrai sondage grandeur nature! - serait intéressant, mais il ne séduit manifestement pas les caciques libéraux. À moins que le ministre de la Coopération Armand De Decker ne démissionne et revienne à la Haute assemblée, ce qui n'est pas présentement son plan de carrière (sauf si le gouvernement doit chuter...). Marc Wilmots - ou ses sponsors - ont donc pensé à une formule de «congé sans solde»: le sénateur ne démissionnerait pas, mais comme il n'assisterait plus guère aux séances, il renoncerait à ses émoluments et indemnités de la Haute assemblée. Pas si simple, cependant, l'ami. La formule n'a pas du tout l'air constitutionnelle, elle constituerait même un précédent bizarre (soit un élu exerce son mandat, soit il ne l'exerce plus et il s'en va) et Anne-Marie a donc décidé de consulter le 3 octobre les présidents de toutes les assemblées élues de notre pays (ils sont six). Et tout porte à croire que l'idée sera rejetée.

L'épisode est lamentable et, disons-le tout net, il ne sert en rien la démocratie. La preuve est faite une fois de plus de la vanité et de la vacuité de transformer une personnalité issue de la société civile et/ou porteuse d'une forte popularité sur le terrain non politique en gadget électoral. Les greffes du genre n'ont pas souvent pris. Ce n'est pas nécessairement bon pour le renouvellement du personnel politique ou pour l'extension de celui-ci à d'autres couches et visions de la société. Mais si le Parlement est trop souvent limité à des élus venus des officines des partis, des mutuelles, de syndicats et des organisations professionnelles, si on y trouve beaucoup plus de juristes que d'économistes, plus de théoriciens et d'apparatchiks que de praticiens et d'acteurs du terrain, à qui la faute? Aux partis, à leurs modes de recrutement et de fonctionnement, à la liturgie paralysante et au manque d'attractivité des Parlements, à la communication et à la médiatisation trop simplistes et trop événementielles, à l'électeur lui-même trop vite séduit par une vedette fugace et par ses paillettes? Ou alors les «bekende Vlamingen» ou le Wallon connu conviés aux Parlements pour ne rien y faire sont-ils les complices d'une escroquerie au suffrage universel?

© La Libre Belgique 2005