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Près de 40 ans après Vatican II, les catholiques romains sont loin d'avoir tout compris du dynamisme de créativité et d'inculturation que recèle la Constitution sur la Liturgie.

Chroniqueur

Je n'ai pas l'intention de me présenter à l'émission `Seul contre tous´ ni de proposer aux lecteurs de cette chronique un nouveau jeu destiné à tester leurs connaissances bibliques. Même si, comme l'écrivait Grégoire le Grand, `nous peinons sur l'océan des Ecritures´. Je voudrais plus simplement rappeler que, `dans la célébration de la liturgie, la Sainte Ecriture a une importance extrême´ (Lit. 24). D'où la décision conciliaire d'offrir aux fidèles une lecture `plus abondante´, et même `plus variée et mieux adaptée´. Et désormais proclamée dans la langue du peuple. C'était il y a près de 40 ans. Mais qu'en est-il aujourd'hui?

Récemment, un `pratiquant fidèle´ ne me cachait pas sa mauvaise humeur et sa déception. Ce dimanche-là, me dit-il, grâce aux 3 extraits bibliques d'une quinzaine de lignes chacun, offerts comme plat de résistance à la `table de la Parole´, j'ai d'abord appris que `Dieu est un guerrier puissant venant venger les siens´. La preuve? C'est la prière de Moïse, sous des dehors quelque peu magiques, qui a permis à Josué de triompher des Amalécites, ennemis héréditaires de son peuple, en les passant au fil de l'épée! Une lettre de l'apôtre Paul m'a précisé ensuite que `tous les passages de l'Ecriture sont inspirés par Dieu´, qu'ils ont `le pouvoir de communiquer la sagesse´, d' `éduquer dans la justice´. Quant à l'évangile, il annonçait que Dieu fait justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit.

Hélas! ajoutait mon interlocuteur, notre culture biblique est sous-développée. Je sais cependant, précisait-il, que l'homélie devrait traduire et actualiser cet enseignement, pour lui donner sens, et rejoindre ainsi les besoins actuels de l'assemblée concrète. Mais comment resituer ces quelques lignes dans leur contexte, désamorcer la bombe du `Dieu vengeur´ et nous mettre sur la longueur d'onde de son Fils, `Prince de la Paix´ ? Et cela en dix minutes pour ne pas indisposer les fidèles supposés affamés de la Parole de Vie.

Je suis persuadé que la déception de mon interlocuteur est partagée par beaucoup. D'autant plus que le Concile a rendu à la Parole sa place indispensable de nourriture pour la foi. Un retour évangélique à la Tradition, après des siècles d'une véritable `magie eucharistique´, comme l'explique bien J.Comby en relisant l'histoire (1). Il faut cependant reconnaître qu'à l'usage, la plupart des extraits du premier Testament et des lettres apostoliques du second, sortis de leur environnement historique et culturel, sont peu compréhensibles, parfois même choquants. Et je ne suis pas le seul à être persuadé que beaucoup de choses sont à revoir, à modifier, à améliorer, à inventer.

Prêtres et laïcs se doivent donc d'être plus attentifs aux `signes des temps´. Je suis même convaincu que la réduction du nombre de prêtres pourrait davantage encore mettre en lumière les charismes des laïcs, femmes et hommes, éveiller leurs responsabilités, les mobiliser et susciter des initiatives. D'où l'importance d'encourager l'étude, la recherche et la créativité. J'observe ainsi depuis longtemps la diminution progressive des `messes de semaine´. Et pas seulement dans les villages. Or, progressivement, de ci-de là ces `messes de dévotion´ (2) sont intelligemment et très utilement remplacées par `la célébration sacrée de la Parole de Dieu´. Ce que proposait déjà le Concile pour les dimanches dans `des localités privées de prêtre´ (Lit. 35). D'autres communautés organisent des rencontres de formation biblique ou des partages d'évangile. Ce qui, d'une part, répond à l'espoir de Vatican II de voir les fidèles de mieux en mieux formés par la Parole de Dieu. Et, d'autre part, exerce une `fonction d'éveil´, d'approfondissement et de dialogue, pour des chrétiens non pratiquants, des personnes en recherche ou appartenant à d'autres confessions religieuses. Ce qui correspond bien aux situations et besoins de notre époque sécularisée. Mais ce n'est qu'un premier pas.

Depuis longtemps, en effet, et la nouvelle encyclopédie de l'eucharistie (1) le confirme, beaucoup sont conscients de l'importance et de la nécessité d'une `diversification judicieuse des célébrations´, notamment dominicales. Des `liturgies d'acheminement à la messe´, par exemple. Des experts regrettent que les catholiques manquent d'imagination, estimant qu' `ils devraient trouver d'autres manières que la seule eucharistie pour célébrer leur foi´. Ou encore, suggèrent qu'on célèbre en semaine, collectivement, la `liturgie des Heures´ ou `Prière du Temps Présent´, en `réservant la célébration de l'eucharistie aux seuls dimanches et fêtes...´ Une manière radicale pour souligner le caractère central et essentiel de l'assemblée dominicale. Il y a du pain sur la planche!

(1) `Eucharistia: Encyclopédie de l'eucharistie´, Cerf 2002, 815 pp., 100 €.

(2) Pour les distinguer de l'eucharistie dominicale de référence qui, elle, rassemble la communauté et `fait l'Eglise´.

© La Libre Belgique 2003