Opinions

Un témoignage d'une maman de trois enfants (*). 


Oui, je suis une ex-enfant surdouée comme on disait à l’époque. Mon compagnon fait aussi partie de la bande. A nous deux, nous atteignons un QI cumulé de 275. Pas question de se la jouer version “I’m fabulous baby“, on n'a rien demandé, on n'a rien fait pour ça. C’était livré avec. Et souvent, on aimerait avoir un bouton pause pour cette particularité.

Il y’a 25-30 ans de cela, nos parents se sont retrouvés bien démunis avec des enfants “comme ça”. Alors, aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de nous, de notre manière de fonctionner,. Mais surtout, de vous donner des pistes pour essayer de mieux comprendre notre fonctionnement, notre logique, mais aussi nos besoins un peu particuliers.

Des moqueries

Je vais prendre un exemple personnel. J’avais 7 ans, j’étais déjà passionnée par le fonctionnement du corps humain. Lorsque nous avons eu la possibilité en classe de faire un exposé sur un sujet libre, j’ai choisi pour thème une maladie neurologique assez peu connue. Lors de la présentation en classe, tous mes camarades ont ri. Jusqu’à la fin du collège, j’étais connue comme “nom de la maladie”. Un surnom très agréable vous en conviendrez ….

Je n’avais pas compris la réaction de mes camarades. Eux n’avaient pas compris les concepts et les mots utilisés. Non pas par bêtise, mais parce que le sujet et la manière de le traiter n’étaient pas du tout adaptés à leur âge. Et les enfants de cette époque et de notre campagne reculée se moquaient de tout ce qui était différent.

Ma logique est différente de celle des autres. Alors, au bout de quelques années, j’ai appris à forcer le trait pour faire rire les autres. Je passais pour la simplette, certes, mais au moins je ne subissais plus les rires, je les déclenchais.

N’essayez pas de forcer les choses en insistant sur l’importance de s’intégrer à un groupe d’enfants de son âge. S’il subit des moqueries, qu’il se fait traiter d’intello à longueur de journée, alors il n’aura pas envie de remettre le couvert plus que nécessaire.

Oui vous pourriez arguer “mais s’ils te traitent d’intello, c’est bien qu’ils reconnaissent que tu es plus intelligent/cultivé qu’eux non ?“. Ce que votre enfant voit, lui, c’est qu’il est moqué pour sa différence. Notre maturité affective ne suit souvent pas notre maturité intellectuelle.

Des interractions sociales complexes

Pour une partie des enfants hauts potentiels, les interactions sociales sont d’une très grande complexité. Pour pallier ces difficultés sociales et essayer de mettre fin à mon rôle de bouc-émissaire, je me suis transformée en caméléon. J’agissais et je pensais en fonction de ce que les autres attendaient de moi. Encore aujourd’hui, je trouve très honnêtement que je suis encore une grande handicapée des relations humaines. Avec les personnes que je ne connais pas/peu, j’imite les comportements que j’ai observé chez les autres. Autant vous dire que cela peut engendrer des difficultés si votre enfant adopte les comportements de la bande des caïds stars des cours de récré pour se sentir mieux intégré …

Mes parents ont refusé mes demandes de changement d’école (pour une école avec une section spécifique) en me disant qu’ils ne voulaient pas me “séparer de mes amis”. Sauf qu'ils n'étaient pas mes amis, juste des gamins qui m’ont pourri la vie pendant des années. Encore aujourd’hui, les croiser réveille en moi une colère et un ressenti très fort. Les parents de mon compagnon ont accepté, au contraire, de le mettre à sa demande dans un établissement spécialisé. Devinez qui a le mieux vécu ses années collège !

Oui, c’est une sorte de communautarisme. Oui, ça peut paraître ridicule car il va falloir tôt ou tard se confronter au reste du monde. Mais vous n’auriez pas envie de vous sentir une partie de la journée dans un endroit où vous êtes à l’aise, où vous êtes compris un minimum ? Un endroit où vous pourriez vous construire en toute sécurité “émotionnelle” pendant ces années si importantes ?

La relation avec l’école est souvent ambivalente: elle est le lieu où on peut apprendre, mais elle peut aussi être le lieu des moqueries, l’endroit où on se sent bête car on n’arrive pas à répondre aux questions comme les autres. Sans compter que certains enseignants, peu formés à la question des enfants haut potentiels, peuvent être irrités par le fonctionnement différent et les remarques un peu déplacées de ces enfants.

Alors souvent, on se réfugie dans les livres.

On ne peut jamais s'arrêter de réfléchir

Autre caractéristique des enfants haut potentiel : nous ne pouvons nous arrêter de réfléchir. Jamais.

Notre cerveau est toujours en activité, en flux tendu. De la première minute d’éveil à l’endormissement, notre cerveau part sur une pensée A, pour partir sur une B, et revenir sur la C d’hier, repasser par la A etc. C’est ce qu’on appelle la pensée en arborescence.

Nous remettons également tout en question, surtout les ordres et les consignes donnés. Nous avons besoin de comprendre pourquoi l’ordre est donné, s’il a du sens, s’il n’y a pas une autre solution plus efficace.

Parfois, notre cerveau pense plus vite que ce que nous pouvons mettre en mots. Souvent, j’ai la solution à un problème et je suis fichtrement incapable de l’expliquer. Super pratique en réunion ou au téléphone… C’est extrêmement rageant, frustrant. Et au fil du temps, j’ai fini par douter de moi, et je ne dis plus rien. Au moins je ne passe pas pour une quiche !

En recherche constante de preuve d'amour

Imaginez maintenant un enfant, qui pense que tout le monde a le même mode de pensée que lui. Il se dit donc qu’il est vraiment nul car les autres eux peuvent exprimer immédiatement la bonne réponse. Mon conseil: lorsque vous voyez que votre enfant n’arrive pas à exprimer une réponse, changez doucement de sujet. Et vous y reviendrez plus tard, lorsque les choses auront décanté dans son cerveau.

S’il n’y a une seule chose à retenir, c’est qu’avant tout un enfant précoce est en quête constante de preuve d’amour. S’il y’a une seule chose à faire c’est de lui montrer que vous l’aimez inconditionnellement, que vous êtes là pour lui. Pas forcément par de grandes déclarations car il est probable qu’il ne sache pas réagir et que sa réponse vous déçoive, mais des petites preuves concrètes au quotidien.


(*) : Ce témoignage a initialement été publié sur le blog "Working Mutti"