Opinions En changeant nos habitudes de consommation, nous pourrions venir en aide aux petits producteurs des pays du Sud.

Une opinion de Pascal Warnier, économiste.

Le journal La Libre Belgique publiait ce mardi 2 octobre dans ses pages "Économie" un bilan du commerce équitable à l’occasion de la semaine qui lui est consacrée en ce moment dans notre pays.

Rappelons ici brièvement les chiffres qui se dégagent de l’analyse faite par Fairtrade Belgium pour le cacao, matière première qui, nous en conviendrons tous, est chez nous synonyme de plaisir, de délicatesse et accompagne bien souvent les moments de joie et de détente. Mais qu’en est-il des producteurs d’Afrique de l’Ouest qui produisent ce trésor, véritable dynamisant de notre tonus et de notre bonne humeur ? Disons-le d’emblée, la situation en Côte d’Ivoire et au Ghana, qui produisent à eux seuls 60 % du cacao disponible sur le marché mondial, est dramatique. La majorité des planteurs y vivent avec moins de 67 centimes par jour. Les enfants en paient un lourd tribut, comme souvent en Afrique.

Chez nous, chaque Belge a acheté en moyenne en 2017 pour 14,77 euros de produits équitables. Et pourtant, pour ce qui concerne le cacao certifié fairtrade, l’offre dépasse encore la demande. Peut mieux faire donc. Toutefois, note Fairtrade Belgium, le commerce équitable progresse chez nous : il est de plus en plus connu et sa commercialisation est désormais présente dans toutes les chaînes de supermarchés. C’est encourageant mais malheureusement, nettement insuffisant quand on sait que la dépense moyenne d’un ménage belge (avec deux enfants) pour son alimentation s’élève à 536 euros par mois soit 6 432 euros par an(1). La part des produits équitables n’y représente finalement qu’un peu moins de 1 % des achats.

Pourquoi se tourner vers le fairtrade ?

Trois raisons au moins devraient nous inciter à nous tourner beaucoup plus vers les produits équitables. D’abord, cela permettrait d’augmenter le salaire des petits producteurs, ensuite cela les rendrait plus autonomes vis-à-vis des grandes filières alimentaires mondiales et enfin, cela les prémunirait davantage contre la fluctuation des prix, fruit de la spéculation qui fragilise les économies locales. Les pays du Sud en souffrent de façon endémique. Que dirions-nous si nos salaires fluctuaient d’une année à l’autre de plus de 30 %, comme le prix du cacao sur les marchés internationaux depuis juillet 2016 ? Comment faire pour vivre dignement si la volatilité des revenus est omniprésente ? Le petit producteur du Sud doit quotidiennement se battre contre ces conditions extrêmement défavorables.

Face à cela, le commerce équitable reste une réponse appropriée pour offrir des conditions de travail plus justes. Rappelons ici avec Francisco Van Der Hoff, fondateur de Max Havelaar, qu’il procède d’une "alliance" entre petits producteurs des pays du Sud et consommateurs du Nord, et dont les règles commerciales ne lèsent personne et que le cercle vertueux qu’il tente d’instaurer touche autant les dimensions économiques qu’éthiques, sociales et environnementales(2).

Changeons nos habitudes

Et si cette semaine du commerce équitable était pour nous l’occasion de modifier un petit peu notre panier à provisions en y substituant par exemple un kilo de bananes et une plaquette de chocolat issus des filières conventionnelles par des produits issus de filières équitables? J’ai pris ma calculette et j’ai comparé des produits similaires dans les deux filières en considérant que chaque produit serait acheté une fois par semaine et par ménage avec deux enfants. Le coût supplémentaire s’élèverait à 61 centimes par semaine mais, en contrepartie, et si l’on extrapole à l’ensemble de la population et pour une année, la contribution au commerce équitable de chaque Belge passerait de 14,77 euros à 70,28 euros.

Cette petite expérience n’a bien sûr rien d’une étude scientifique approfondie mais elle tend à démontrer que de petits efforts ici peuvent produire de grands effets là-bas. Alors, la meilleure manière pour nous, consommateurs du Nord, de leur venir en aide ne serait-ce dès lors pas de contribuer à leur offrir un salaire juste pour leur travail, comme la plupart d’entre nous pouvons en jouir ici, en leur achetant leurs matières premières et leurs produits au prix le plus équitable, rémunérant ainsi "justement" le fruit de leur lourd labeur ? Personne d’autre ne le fera et certainement pas les marchés internationaux. Nous en avons en tout cas le pouvoir, celui du choix que l’on peut poser en décidant de consommer l’un ou l’autre produit. Alors saisissons-le pleinement pour plus de solidarité avec les pays du Sud.

--> (1) D. Deflande (ULg), B. Storms (KHK) et K. van den Bosch (Universiteit Antwerpen), Microbudget : Quel est le revenu nécessaire pour une vie digne en Belgique ?

--> (2) F.Van Der Hoff, Nous ferons un monde équitable, éditions Flammarion, 2005.

--> Le titre et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : La meilleure coopération au développement, c’est d’acheter équitable !