Opinions

Une opinion de Pierre Echterland, juriste spécialiste de l'enseignement. 


Dans certains cas, demander une copie de son examen est un droit. Mais ce n’est pas un droit absolu.


Faire un questionnaire d’examen est un travail qui prend du temps si on veut le faire bien. Le questionnaire doit mesurer exactement et avec précision le degré de maîtrise par un élève des connaissances et des compétences. L’évaluation ne peut nullement dépendre du hasard. Deux questionnaires différents sur une même matière doivent donner le même résultat. Un questionnaire d’examen doit faire appel à des types d’intelligences différents. Pas de pièges, ni questions en cascade, pas de succession de questions de détails, pas de questions comportant une erreur ou portant sur une matière non vue. Le questionnaire doit être bien calibré (durée), et les élèves doivent savoir quelles questions sont davantage valorisées que d’autres. Avec ce degré d’ambition, concevoir un questionnaire est un travail intellectuel intense et prend du temps. On reconnait à son auteur une "propriété intellectuelle", des droits d’auteur.

Chaque professeur dans l’enseignement secondaire, produit environ 5 examens pour 5 classes et ce, trois fois par an.

Passer un examen ne consiste plus comme jadis à répondre par cœur à des questions innombrables connues à l’avance. Aujourd’hui la question d’examen, que par définition l’on ne connait pas à l’avance, sera une question qui met en valeur les connaissances et compétences intégrées au cours du semestre.

On comprend donc que la Communauté française quand elle prépare à grand renfort de collaborateurs un questionnaire de CEB, de CE1D, ou de CESS tienne à ce qu’aucune fuite ne permette à certains étudiants de disposer des questions avant les autres. Cela installerait une injustice entre les élèves qui connaissaient les questions et ceux qui ne les connaissaient pas. Et cela transformerait des questions intelligentes où l’on peut juger si un élève a intégré la matière en questions stupides de "par-cœur" où des étudiants ânonneraient une courte réponse standardisée vite apprise par cœur.

Avec 4 examens à préparer par an par toute une équipe, la Communauté française peut se permettre de créer chaque année un questionnaire neuf et mettre les questionnaires anciens en ligne pour se préparer.

L'examen perd tout son sens avec les groupes Facebook

Il n’en va pas de même pour l’enseignant qui rédige toute l’année des questionnaires de contrôle et des examens en grand nombre en décembre, juin et septembre. Ce dernier est donc tenté parfois de produire un même examen pour deux classes, ou de reprendre des questions d’examen de l’an d’avant ou d’il y a deux ou trois ans, ou de reproduire en septembre des questions déjà posées en juin ou en janvier.

Pour les mêmes raisons que pour les tests de la fédération Wallonie-Bruxelles, l’enseignant est très sensible à ce que les élèves ne photographient pas en cours d’examen ses questionnaires, à ce qu’ils ne subtilisent pas un exemplaire surnuméraire ou qu’ils en volent dans les rebuts de photocopieuses des sacs poubelles papier de l’école. L’école veille aussi à ce que les élèves rendent également leurs feuilles de brouillon avec la copie d’examen.

Ceci dit les questions d’examen sont pour partie comparables à celles des contrôles, et cela permet aux élèves consciencieux de se préparer. Aujourd’hui d’ailleurs, les élèves de manière générale ne se privent pas par groupes de classe privés Facebook, de s’échanger les réponses les mieux cotées aux différents contrôles. On retrouve alors en session d’examen pour chaque question les mêmes courtes réponses décevantes chez chaque étudiant, toutes identiques, apprises par cœur, parfois dans un mauvais français, fautes d’orthographe comprises. L’examen perd tout son sens.

Un engagement de confidentialité

Vient alors le problème des parents qui après les échecs de leur enfant viennent demander une copie de l’examen.

Les parents ont clairement un droit de pouvoir examiner la copie de l’examen de leur enfant. Et ce pendant le temps qu’ils le souhaitent, en présence du professeur, sur rendez-vous, pendant une tranche horaire large, par exemple de 15 à 19h. Ils peuvent s’assurer qu’il n’y a pas d’erreur de cotation, ou de totalisation. Le professeur expliquera aux parents les raisons de l’échec. Les parents ne peuvent toutefois pas photographier l’épreuve.

Les parents peuvent-ils alors demander une copie de l’examen ?

Ces cas seront limités au maximum.

De plus, stratégiquement, en cas d’examen de passage, il est parfois préférable de ne pas demander de copie de l’examen dans l’espoir que l’enseignant réutilise le même questionnaire en septembre, ce qu’il ne fera plus s’il a donné copie du questionnaire.

Sinon pour obtenir une copie de l’examen, dans de nombreux établissements, il faudra préalablement avoir examiné la copie (ou s’être vu refuser ce droit) puis seulement faire une demande écrite au directeur en expliquant le préjudice trouvé dans la copie de l’examen. Il faut une faute de l’enseignant et un échec dans cette branche sur l’ensemble de l’année.

Le directeur autorisera la copie s’il valide ce préjudice et cette erreur moyennant 3 conditions :

· L’étudiant remettra son journal de classe en ordre, ainsi que les fiches d’absences et de retards, les bulletins, et les contrôles signés.

· Des frais de 0,25 € par page d’examen photocopiée sont dans certaines écoles exigés.

· Un parent de l’enfant et l’élève lui-même devront signer un engagement de confidentialité s’engageant à ne montrer ni photocopier, ni transmettre numériquement (photos, scans…) ou par réseaux sociaux, ce questionnaire à autrui.

La copie de l’examen se donnera après la proclamation des résultats de juin ou de septembre mais minimum 24 h avant la fin de la période ouverte pour les recours.

En cas de refus abusif par le directeur de communiquer copie du bilan, ce fait pourra être signalé à la commission de recours externe qui elle est d’office en possession des copies des examens en échec.

On retiendra que la remise d’une copie d’un examen reste un droit essentiel en cas de soupçon légitime d’erreur, mais que le caractère extrêmement sensible du secret des questions d’examens, et du droit d’auteur du professeur par rapport à l’équilibre et la formulation de questions intelligentes (et non de « par-cœur ») fait que ce droit doit être accordé avec circonspection en respectant des règles très précises.