Opinions
Une chronique de Christophe Ginisty, professionnel de la communication.

La démission de Nicolas Hulot, en direct sur France Inter mardi matin, a secoué toute la classe politique. Et puis ?

L’annonce de Nicolas Hulot est aussi, et peut-être même avant tout, un grand moment de communication dont la rareté mérite d’être saluée. Les interventions des leaders politiques dans ces matinales d’info sont bourrées d’éléments de langage, de circonvolutions incessantes pour éviter de répondre aux questions au profit de petites phrases distillées aux observateurs et aux agences de presse (les politiques ont tous l’ambition que leur interview soit au moins suivie d’une dépêche AFP). Ce sont des joutes verbales dont les codes sont connus et dont se jouent journalistes et invités dans une sorte de communion implicite.

Mais mardi matin, il n’y avait rien de tout ça. Juste un homme au bord des larmes (et du burn out ?), à la voix monocorde et grave, au visage criant de sincérité, le regard exprimant la violence d’une immense solitude.

On peut disserter des heures sur le bien-fondé politique de cette séquence, sur la courtoisie du désormais ancien ministre, c’est une bombe médiatique car, fait rarissime, elle est la sincérité incarnée. Et c’est l’objectif ultime de toute prise de parole que d’être sincère !

Nicolas Hulot ne se contente pas de délivrer un message politique désincarné, il met l’humain au centre du jeu en précisant : "Et c’est donc une décision qui était un véritable dilemme entre soit m’accommoder des petits pas en sachant que si je m’en vais, je crains que ce soit pire. Soit rester mais donner ce sentiment que, par ma seule présence, nous nous mettons en France ou en Europe, dans une situation d’être à la hauteur sur le pire défi que l’humanité a jamais rencontré. Et je décide de prendre cette décision qui est une décision d’honnêteté et de responsabilité."

Ce qui anime sa décision n’est pas le côté électron libre de Nicolas Hulot évoqué dans l’après-midi de façon un peu lapidaire par Emmanuel Macron en voyage au Danemark, mais les valeurs d’honnêteté et de responsabilité d’un homme face aux résultats de son action politique, de son utilité fondamentale.

Evidemment, la puissance médiatique de cette séquence a une conséquence immédiate du point de vue de la communication. Elle appelle une réaction proportionnée, quelque chose qui montre que le message, dans sa forme et son fond, a été reçu. Le président de la République et le Premier ministre ne pourront pas se contenter d’un bref commentaire amusé, comme si c’était un non-événement, quelque chose de finalement banal car prévisible. Dans les prochaines semaines, ils vont devoir mettre le paquet pour convaincre l’opinion que l’écologie et la transition énergétique font toujours partie de leurs priorités. Car en claquant ainsi la porte, Nicolas Hulot a convaincu une majorité de français que ce n’était évidemment pas le cas.

Mais il y a autre chose de plus pernicieux dans cette séquence, un élément qui fait le terreau fertile des populistes de tous bords. C’est l’idée que les politiques en place sont inopérants, qu’ils sont prisonniers de lobbys auxquels ils sont inféodés, qu’ils ne font rien de concret en dépit de leurs grandes déclarations, que les gouvernements entretiennent des illusions sur des sujets aussi importants que ceux-ci. Qu’ils ne réforment rien malgré leurs gesticulations.

A quelques mois du Brexit, des élections européennes et au moment où l’axe des populistes s’organise autour de l’Italie et de la Hongrie en grande réunion mardi après-midi, chacun doit comprendre la vraie portée de la démission de Nicolas Hulot sur l’opinion.

Souhaitons que le message véhiculé par ce grand moment de communication dans toute sa dimension émotionnelle réveille les consciences endormies de citoyens de bonne volonté. Si l’arrivée au gouvernement de l’ancien animateur n’a peut-être rien changé, souhaitons qu’il n’en soit pas de même avec son départ, quelle que soit l’ironie de cette incantation.