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Wikileaks mentionne explicitement la présence d'armes nucléaires en Belgique. Mais que sont devenus les "engagements" du gouvernement Di Rupo ? Une opinion d'Eric Remacle, président de la Coordination nationale d’Action pour la Paixet la Démocratie - CNAPD.

Guerre et Paix Un câble diplomatique émanant de l’ambassade des Etats-Unis en Belgique, tout récemment révélé par le site internet Wikileaks, mentionne explicitement la présence d’armes nucléaires en Belgique. Cette "information", loin d’être un scoop, a ceci de positif qu’elle permet de relancer le débat, désormais plus équilibré, sur le nécessaire désarmement nucléaire de la Belgique.

Le déploiement, il y a déjà 30 ans, des 20 bombes nucléaires sur la base aérienne de Kleine Brogel, s’explique par la course folle à l’armement nucléaire entre les deux grandes puissances de la Guerre froide : l’Union soviétique et les Etats-Unis. Ces derniers restent le seul pays au monde qui dispose encore d’armes nucléaires hors de son territoire : en Belgique, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas et en Turquie.

Mais rappelons-nous l’accord de gouvernement Di Rupo : "Le Gouvernement plaide pour la revitalisation et le respect du Traité de non-prolifération (et) agira résolument en faveur d’initiatives internationales pour un désarmement plus poussé - y compris nucléaire." Les "révélations" de Wikileaks mettent publiquement en lumière toute l’hypocrisie avec laquelle notre gouvernement traite de la question des armes nucléaires. Le Traité de non-prolifération (TNP) oblige les Etats-parties à lutter contre la prolifération des armes nucléaires et à travailler au désarmement nucléaire.

Pourtant, ces armes nucléaires tactiques (ANT), ressenties encore par la Russie comme une menace dirigée contre elle, sont le point d’achoppement récurrent entre les Etats-Unis et la Russie dans les négociations sur le désarmement. Les Etats-Unis ont plusieurs fois répété leur disposition à démanteler ces armes. Toutefois, trois Etats-membres de l’Otan s’opposent publiquement à leur retrait : la France, la Hongrie et la Lituanie.

La Belgique, pourtant en droit de demander souverainement le retrait des 20 têtes nucléaires, répète depuis le début des années 1990 travailler discrètement à un consensus à l’intérieur de l’Otan. Peu lui importe que cette position - invérifiable mais en tout cas improductive - perpétue l’illégalité dans laquelle la Belgique se trouve au regard du TNP auquel elle a souscrit et qu’elle appelle à respecter dans son accord de gouvernement.

Quelles sont donc ces initiatives internationales qui appellent une action "résolue" du gouvernement belge ? Est-ce le soutien de la Belgique à la Convention sur les armes nucléaires (ayant pour objectif l’interdiction du développement, des essais, de l’usage et du stockage de l’arme nucléaire) ? Non, la Belgique a encore une fois voté contre lors de la dernière assemblée générale des Nations unies.

Est-ce le soutien à la conférence internationale organisée au mois de mars de cette année par la Norvège (pays membre de l’Otan), sur les conséquences humanitaires d’une attaque nucléaire ? Non, la Belgique n’y a dépêché, contrairement aux quatre autres pays européens du "partage nucléaire", que le vice-ambassadeur de la Belgique en Norvège. Est-ce alors une résolution à réduire autant que possible le rôle des armes nucléaires présentes sur son territoire ? Non, la Belgique a encore participé, au mois d’octobre dernier, à des exercices militaires de largage de ces bombes nucléaires.

Ces armes nucléaires coûtent cher au contribuable belge. Elles coûteront encore davantage ces prochaines années, si la modernisation dont elles doivent faire l’objet (impliquant l’achat d’avions F-35, coûtant 150 millions d’euros pièce) se concrétise. Surtout, ces ANT coûtent cher à la lutte contre la prolifération des armes nucléaires dans le monde. Loin de dissuader d’autres pays de se doter de l’arme nucléaire, elles les y poussent.

Ces armes de destruction massive doivent charrier l’unanimité contre elles. La crise actuelle en Corée doit nous conforter dans l’idée que le problème ne réside pas tant dans les nations qui disposent de cet armement, mais dans cet armement lui-même. Les rescapés d’Hiroshima et de Nagasaki pourront en témoigner.