Opinions

Une opinion de participants de la "Masse critique".

La semaine dernière, vendredi 27 avril, avait lieu la 'masse critique' mensuelle à Liège et à travers le monde : rendez-vous convivial de cyclistes ayant pour but de faire nombre "face aux volumes, nombres et vitesses des voitures" et de montrer que la ville n'est toujours pas adaptée aux vélos. Il s'agit d'une pratique, et non d'un collectif.

Celle-ci est 'autogérée' depuis une dizaine d'années à Liège - c'est-à-dire qu'elle fonctionne sans responsable particulier et qu'au contraire tout le monde est responsable - sans qu'aucun accident de la route n'ait eu lieu.

Lors de cette dernière masse critique, la police a décidé d'intervenir, et elle a décidé de le faire de manière contraire à la loi (mises en danger de personnes, usages de la force non nécessaires et disproportionnés par rapport à l'objectif à atteindre, pas d'annonce collective de dispersement, etc.).

Une vidéo postée sur les réseaux sociaux a fait le 'buzz'. Elle montre principalement la disproportion du dispositif et du comportement policiers, ainsi que la présence du peloton anti-banditisme (qui a arrêté une personne).

Suite à cela, la police a choisi le mensonge et la diffamation pour tenter de se couvrir. Voici la liste de ces mensonges (dans l'ordre de leur apparition) - que le Bourgmestre a choisi lundi 30 avril de couvrir : 



- Le cortège aurait pris en sens inverse le boulevard de la Sauvenière et cela aurait été une des justifications de l'intervention policière 

Le cortège n'a pas fait cela, et la police n'a donc aucune image à diffuser pour confirmer cette déclaration mensongère. Mais en attendant, cette déclaration a fait son effet et la majorité des personnes habituées à faire confiance dans la parole policière l'ont prise pour argent comptant.


- Les cyclistes auraient frappé des pare-brises de véhicules 

C'est également faux, et la police n'a donc diffusé aucune image corroborant cette déclaration diffamatoire. 


- La personne aurait été arrêtée car elle aurait été sous l'influence de "substances illicites" (on ne sait toujours pas lesquelles). 

Donc, dans l'ordre : la police arrête quelqu'un (avec usage de la force disproportionné - ce que la prise de substances illicites ne pourrait même pas justifier, seule l'agressivité ou le danger peut légalement le justifier) et APRÈS la police réaliserait qu'il est sous influence, mais cela permet de justifier une arrestation antérieure… ? On est dans minority report. 


- Les masses critiques liégeoises seraient généralement constituées d'une dizaine de vélos 

C'est encore faux. Elle ont dépassé plusieurs fois le nombre d'une septantaine (nombre de vendredi dernier) et elle tourne en général autour d'une trentaine de vélos. 


- Les caméras de la ville qui intéressent les cyclistes (surtout celles qui pourraient montrer l'intervention dangereuse et inutile de la police à contre-sens au milieu du cortège au niveau du rond-point des Guillemins) auraient été en panne… 

Permettez-nous d'avoir un léger doute...


Ces désinformations ont légitimé, et même fait augmenter, la haine anti-cyclistes. Celle-ci s'est illustrée sur les réseaux sociaux : "Cyclistes, je vous hais !!!!" - "Vous faites ch*** le monde à longueur d'année sur vos vélos (…) Tout vous est permis ! (…) C'est pas avec une matraque qu'il faudrait vous ramasser mais avec des chars" - "La police nous a vengé" - "Les cyclistes sont une plaie pour tous les autres usages de la route" - "Un bon coup de tazer et c'est réglé" -  "Vous vous rassemblez comme des enragés et vous arrivez encore à vous étonnez des conséquences" -etc.). 

Si l'objectif de la police était prioritairement de renverser la responsabilité des événements afin de se couvrir, elle n'a pas hésité pour cela (et le bourgmestre non plus, en ne démentant pas les déclarations de sa police) à mettre les cyclistes de sa ville en danger en diffusant des mensonges sur leurs comportements. 


Ces désinformations permettent également d'effacer le débat sur la présence d'un peloton anti-banditisme pour arrêter des vélos, sur la disproportion du dispositif (une quinzaine de véhicules et plus de trente policiers/policières), ainsi que sur la présence d'une arme FN 303, de sprays, etc.

Ces désinformations permettent d'effacer le débat sur la non-place du vélo à Liège, le constat d'échec du projet "Liège ville pilote Wallonie cyclable" - dont la promesse non tenue de faire de Liège une zone 30 - et sur les dangers vécus au quotidien.

Ces désinformations permettent, enfin, de justifier un futur encadrement policier de la masse critique - ce qui en détruirait le sens même.

Face à cette démonstration de l'art de retourner une situation et au-delà des avis sur la non-place du vélo à Liège ou sur les violences policières, il est important que la population n'accepte pas de se laisser désinformer aussi facilement.