Opinions

Un témoignage du médecin généraliste Baptiste Beaulieu (*).


Alors voilà, les déserts médicaux, tu imagines que ça touche surtout les endroits isolés, le fin fond de la Creuse, les plateaux d’Auvergne, etc ?

Moi aussi, j’ai longtemps pensé ça.

Puis j’ai vu, en l’espace de six ans, ce qu’était un autre visage du désert médical.

Et ça touche tout le monde. Les habitants des grandes villes aussi. Je ne parle pas QUE des délais hallucinants pour avoir un rendez-vous avec un spécialiste (coucou les ophtalmologues !).

Ce matin, entre 9 heures et 13 heures, j’ai vu 27 patients et patientes.

Je ne sais pas combien de temps durait une consultation moyenne avec un médecin en 1980.

Mais je sais que si vous prenez 4 heures et que vous les divisez par 27, vous obtenez 8 minutes 88888888888 secondes.

Moins de médecins, c’est plus de malades pour NOUS, et donc moins de temps disponible pour VOUS.

Le désert médical, c’est aussi ÇA.

Une salle d’attente pleine, et un jeune médecin plein d’illusions qui, tandis qu’une femme pleure devant lui, regarde fugitivement le coin inférieur droit de son écran d’ordinateur.

L’heure.

Il la regarde, pense à tous les autres, dans la salle d’attente, qui s’impatientent.

La patiente a vu mon regard.

Elle a séché ses larmes, mis son mouchoir dans la poche, et s’est excusée de m’avoir pris « trop de temps ».

Personne ne devrait s’excuser de pleurer dans cette société.

Personne.

(*): Ce témoignage a initialement été publié sur le blog "Alors voilà"