Opinions

Une opinion de Bianca Debaets (CD&V), secrétaire d’État bruxelloise à l’Égalité des Chances.


Même celles et ceux qui manifestent peu d’intérêt pour le football doivent bien l’admettre : cette Coupe du monde s’apparente à un énorme coup de pouce pour la Belgique et pour notre image – qui, dans de nombreux pays, malheureusement, se limite à Tintin, aux gaufres et au chocolat. Aujourd'hui, même dans les coins les plus reculés de notre planète, De Bruyne, Lukaku et Kompany ne sont plus des inconnus. Bien sûr, cela ne durera pas des années – quoique… car si les Diables parviennent à soulever ce magnifique trophée en or dimanche soir, que se passera-t-il ? – mais cela reste un superbe adjuvant moral pour notre pays régulièrement confronté à des crises existentielles.

Notre équipe nationale regorge de talents et, en ce moment, elle a l’occasion de le démontrer au plus haut niveau international. Plusieurs de ses joueurs ont des origines qui se situent dans différentes parties du monde – Congo, Martinique, Kosovo, Maroc... – mais il ne serait pas opportun aujourd’hui d’en tirer des conclusions politiques de haut vol. Ceci dit, il ne faut pas hésiter, d’un autre côté, à condamner des propos tenus par certains de nos élus – et non des moindres – évoquant le fait que des personnes originaires de telle ou telle région d’Afrique n’apportent aucune ‘plus-value’ à notre pays. Une généralité d’une telle bassesse équivaut à de l’intolérance, voire pire. D’ailleurs, comme moi, vous aurez sans doute remarqué que ces élus sont devenus particulièrement silencieux ces jours-ci…

A mon sens, il est surtout important que nos Diables rouges soient perçus des modèles inspirants pour les jeunes et les moins jeunes, quelles que soient leurs origines. Les valeurs que les Diables Rouges affichent sur le terrain peuvent nous inspirer toutes et tous. Résilience: même si on est mené 2-0 ; abnégation et altruisme: quand on est en position de marquer soi-même mais qu’on effectue l’un ou l’autre geste pour offrir la chance à quelqu’un d’autre ; solidarité: quand on effectue un sprint dans le vide afin d’amener de l’espace et de l’oxygène pour ses coéquipiers ; fair-play: quand on gagne sans avoir commis de vilaines fautes ; et ambition: courir à fond vers un objectif clair, à l’image du commentaire laconique – mais néanmoins lourd de sens – de Kevin De Bruyne après le match contre le Japon : "Il reste encore trois matches"

Pourquoi donc cette modestie éternelle?

Ce genre d'ambition est souvent qualifié comme étant non-belge mais nous avons pourtant des champions mondiaux dans de nombreux domaines: le jeune Belge Lukas Dhondt a remporté cette année à Cannes la Caméra d'Or pour son premier film ‘Girl’ ; notre danse contemporaine – Rosas, Sidi Larbi... – est saluée par le monde entier et notre biotechnologie est à la base des médicaments faisant partie des plus innovants et révolutionnaires. Et on pourrait en citer d’autres.

Pourquoi dès lors cette modestie éternelle? Le fait d’être depuis des siècles géographiquement coincé entre des grands pays tels que l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni peut certainement avoir un effet oppressif. Même si on l’entend souvent : size doesn’t matter. Et il est généralement possible de transformer une faiblesse apparente en force. En évoluant toute la saison en dehors de nos frontières - et en s’illustrant dans diverses compétitions de haut niveau - les Diables rouges ont appris énormément et, selon de nombreux entraîneurs étrangers, ils sont d’ailleurs réputés pour avoir la capacité à s’adapter facilement. Confrontés durant leur enfance à diverses cultures et langues, ils se sentent comme un poisson dans l’eau dans n’importe quel vestiaire. Il parviennent rapidement à communiquer avec tout le monde. Ce n’est pas un hasard si Romelu Lukaku parvient à répondre en portugais à la presse brésilienne. Et il est capable de le faire dans six autres langues (en ce compris le swahili !).

L'effet et l'apparence ne doivent pas être sous-estimés. Lorsque Vincent Kompany a soutenu la campagne d'Actiris pour inciter les demandeurs d’emploi à apprendre le néerlandais, il y a eu quatre fois plus d'inscriptions. Cette flexibilité et cette confiance en soi combinées à une ambition bien fondée ont permis aux Diables Rouges d’arriver aussi loin aujourd’hui et c’est précisément cela que nos jeunes admirent tant. C'est aussi ce dont notre pays a besoin: la Belgique doit davantage ressembler aux ‘Diables’. Ils représentent des sources exceptionnelles d’inspiration et cette aubaine, nous devons la saisir.