Opinions

Une opinion de Bianca Debaets, Secrétaire d’État bruxelloise à l’Égalité des Chances.


Le comportement des jeunes qui jettent des pavés sur des policiers ou des journalistes, ou qui s’attaquent à des contrôleurs de la STIB, est pour le moins crapuleux. Ce qui se passe dans le quartier du Peterbos, à Anderlecht, ne peut pas nous laisser sans réaction. Ces jeunes gens s'imaginent être au-dessus de la loi et tentent de régner sur les lieux en effrayant les autres, en les attaquant et en détruisant l'atmosphère du quartier.

Le bourgmestre, la police et le parquet doivent de toute urgence unir leurs forces pour contrôler le quartier. Bruxelles ne peut pas se permettre d’avoir des banlieues. Les auteurs doivent être traqués, arrêtés et punis. Quiconque attaque la police, les pompiers, les services de sécurité ou encore les journalistes ne doit pas compter sur notre compréhension. La nomination d'un magistrat spécial qui recueille des plaintes est une première bonne étape, mais le quartier a également besoin d'un réseau d'information de proximité qui mobilise les résidents et recueille des informations. Des médiateurs urbains (‘stadsmariniers’ en néerlandais) pourraient aussi être utiles. L’avantage est qu’ils connaissent très bien un quartier en particulier ainsi que ses habitants et qu’ils sont aussi conscients des différentes problématiques qui s’y posent. La particularité des médiateurs urbains est qu'ils ou elles assument un rôle de coordination et, selon le cas, font appel à un service spécifique de la ville pour tenter de résoudre un problème concret. Ils décrivent eux-mêmes leur rôle comme le « relais entre la ville et la rue ». Les médiateurs urbains peuvent par exemple s’attaquer aux nuisances comme la criminalité liée à la drogue, la malpropreté en rue ou le bruit.

Ceci dit, en fin de compte, le comportement criminel est seulement ce qui arrive à la surface. Mais il y a un autre élément sous-jacent non négligeable : un immense problème parental. La question que nous devons nous poser est la suivante: où se trouvent les parents de ces jeunes? La même question pouvait être posée lors des échauffourées à la Bourse, l’année dernière, après un match de football, ou par rapport aux incidents survenus à la Place de la Monnaie. Beaucoup de parents ont littéralement perdu le contrôle sur leurs propres enfants.

Ils ne vivent pas toujours dans des circonstances faciles, luttent pour joindre les deux bouts, perdent le respect de leurs enfants et manquent parfois de confiance pour jouer un rôle positif. Cela a un effet sur leurs enfants: un jeune Bruxellois sur trois montre des symptômes de souffrance psychologique. 15% quittent l'école prématurément; chez les garçons, ce pourcentage grimpe même à 17%. À la lumière de ces défis, nous sommes obligés d'aider les parents là où manifestement ils ne peuvent pas s’en sortir seuls. Éduquer les enfants et leur enseigner le respect et la tolérance est essentiel. Ce n'est pas parce qu'une famille connaît une période difficile que cela doit exonérer les parents de leur tâche éducative.

Nous n'avons en fait pas attendu les problèmes dans le quartier du Peterbos pour agir. En effet, nous avions déjà lancé un projet de "pères de quartier" de la Commission communautaire flamande (VGC), pour les quartiers difficiles du Peterbos, des Etangs noirs et du Centre de Bruxelles. En suivant l'exemple d'Amsterdam, nous voulons impliquer davantage les pères et les figures paternelles dans l'éducation et la guidance des enfants et des jeunes. Nous voulons replacer les pères dans leur propre environnement. À cette fin, nous voulons les soutenir et fournir la formation nécessaire. Nous travaillons également avec des parents potentiels à travers la Maison de l'Enfant et nous soulignons ainsi leur grande responsabilité.

Comme le dit à juste titre le psychologue canadien Jordan Peterson: "Sans les encouragements de votre père, le monde est un endroit triste, il est difficile d'être courageux si votre père n'est pas derrière vous, physiquement et spirituellement. Si votre père vous rejette ou s’il n’existe pas de liens entre vous, c'est comme si l'esprit de la société vous avait laissé à l'extérieur des murs de la ville, comme si vous ne valez rien. Et il est souvent difficile pour les gens de s’en remettre."

Quiconque ne se sent pas soutenu, dans sa propre communauté ou sa famille, ne peut guère saisir les possibilités que notre société offre. De même, on ne peut pas faire appel à sa responsabilité ou tenter de le corriger lorsqu'il commet une infraction.

Je suis d’avis qu’au-delà du travail répressif nécessaire de la police et du parquet, nous devons concentrer nos efforts sur des quartiers à problèmes, tels que le Peterbos, en nous appuyant sur les riverains et sur les parents. Nous devons empêcher les enfants d'aujourd'hui de devenir les émeutiers de demain. La solution fondamentale à ce problème réside en premier lieu dans l'existence de figures d'autorité au sein des communautés locales, telles que les pères et les mères.