Opinions
Une opinion de Bernard Servais, animateur liturgique en agglomération bruxelloise. 

A cause de l’irresponsabilité des autorités de l’Eglise, le chrétien lambda va ingérer une nourriture mortifère.

Ainsi donc, les "autorités vaticanes" ont décrété que les hosties pouvaient être produites à partir de blé transgénique.

En acceptant que les OGM s’invitent à la sainte table de l’eucharistie, les décisionnaires de Rome adressent un lamentable pied de nez à l’encyclique du pape François consacrée à la défense de l’environnement, dont l’article 134, par ailleurs très nuancé dans son argumentation, constitue à tout le moins une sévère mise en garde à l’égard de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés.

On trouvera ci-après les propos mêmes de "Laudato Si", qui devraient inciter les responsables du magistère à adopter une attitude de prudence et de réserve à l’égard des OGM. Au lieu de quoi, on interdit, pour la fabrication des hosties, l’utilisation de pain azyme sans gluten (lequel peut provoquer chez certaines personnes des réactions allergiques très dommageables), au prétexte que la panification serait alors plus problématique, mais on n’hésite pas, au mépris du principe de précaution, à tolérer un traitement artificiel et dangereux, encourageant ainsi les comportements scandaleux d’oligarques de l’agrochimie, soucieux uniquement de gains, de rentabilité, de pouvoir économique égoïste, c’est-à-dire précisément de tout ce que condamnent les Evangiles.

Cette collusion de l’Eglise avec les puissants de ce monde est intolérable, car "on ne peut servir à la fois Dieu et l’argent". Mais désormais, en communiant au Corps du Christ, le chrétien lambda va être amené, à cause de l’irresponsabilité des plus hautes autorités de l’Eglise, à ingérer une nourriture mortifère, liant de manière perverse transsubstantiation et transgénèse. Honte sur nous, laïcs engagés, si nous laissons faire sans nous indigner !

Pourrons-nous au moins conscientiser les responsables d’achats de nos paroisses afin qu’ils n’entérinent pas, en achetant des hosties dénaturées par les OGM, la stratégie des riches au détriment des plus faibles ? Verra-t-on des prêtres écologiquement responsables présenter des ciboires portant l’étiquette "hosties garanties sans OGM" ?

Ou bien faudra-t-il, pour correspondre à la nouvelle réalité acceptée par une certaine Eglise, qu’on modifie les textes canoniques précédant la consécration de la manière suivante : "Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, ainsi que des transformations hasardeuses qui servent les intérêts des grands consortiums de l’agriculture : il deviendra, malgré tout, le pain de la vie" ?

Voici un extrait de l’encyclique "Laudato Si", dont il est question ci-dessus (article 134) : "Même en l’absence de preuves irréfutables du préjudice que pourraient causer les céréales transgéniques aux êtres humains, et même si, dans certaines régions, leur utilisation est à l’origine d’une croissance économique qui a aidé à résoudre des problèmes, il y a des difficultés importantes qui ne doivent pas être relativisées. En de nombreux endroits, suite à l’introduction de ces cultures, on constate une concentration des terres productives entre les mains d’un petit nombre, due à la "disparition progressive des petits producteurs, qui, en conséquence de la perte de terres exploitables, se sont vu obligés de se retirer de la production directe" (1). Les plus fragiles deviennent des travailleurs précaires, et beaucoup d’employés ruraux finissent par migrer dans de misérables implantations urbaines. L’extension de la surface de ces cultures détruit le réseau complexe des écosystèmes, diminue la diversité productive, et compromet le présent ainsi que l’avenir des économies régionales. Dans plusieurs pays, on perçoit une tendance au développement des oligopoles dans la production de grains et d’autres produits nécessaires à leur culture, et la dépendance s’aggrave encore avec la production de grains stériles qui finirait par obliger les paysans à en acheter aux entreprises productrices."

(1) Conférence épiscopale d’Argentine : Commission de pastorale sociale, Una tierra para todos (juin 2005), 19.