Opinions

Administrateur délégué de l'Unizo, l'Union des classes moyennes flamandes

La formation du gouvernement est momentanément dans l'impasse. La raison est connue : une importante différence d'opinion entre les hommes politiques et l'opinion publique au Nord et au Sud quant à la nécessité de réformer notre Etat. Certains se demandent manifestement pourquoi une telle réforme est si importante... "Ne pouvons-nous pas nous occuper de choses plus importantes comme l'économie et la sécurité sociale ?" Certains veulent même défendre le statu quo de l'Etat fédéral existant "comme unique garantie de la solidarité nécessaire entre tous les Belges" .

Justement, la question d'une meilleure redistribution des compétences entre l'Etat fédéral et les Régions émane précisément du souhait de faire fonctionner encore pendant de longues années cette fameuse solidarité de manière objectivement défendable. La solidarité ne peut continuer d'exister que si les règles de base bien claires et bien précises pour garantir cette solidarité sont effectivement respectées. Cela signifie concrètement l'acceptation, le respect et le contrôle par tous ceux qui sont impliqués des mêmes droits et des mêmes obligations. C'est ainsi que tout le monde, quelle que soit sa provenance ou sa région, a droit aux allocations familiales, à une indemnité en cas de perte d'emploi, à la pension, à des soins de santé adéquats. En même temps, la solidarité signifie aussi l'obligation pour chacun, selon ses moyens, de contribuer à cette solidarité par le paiement d'impôts et de cotisations sociales. Cela signifie indéniablement l'obligation pour chacun de faire tout ce qui est possible pour accepter un travail régulier.

Ces mêmes accords solidaires valent également pour les Régions. Elles ont droit aux moyens qui sont maintenant surtout perçus au niveau fédéral, notamment pour le financement de l'enseignement ou pour le soutien économique et les investissements. Mais ces mêmes Régions ont tout autant l'obligation de faire en sorte que tous les habitants de leur région fournissent une contribution correcte actuellement perçue au niveau fédéral.

Elles peuvent le faire en veillant à ce que les gens reçoivent des opportunités de travail, mais aussi en imposant si nécessaire à leurs citoyens d'accepter les opportunités de travail. C'est également au nom de la solidarité qu'il est attendu à juste titre des Régions qu'elles utilisent avec sagesse les moyens mis à leur disposition par cette solidarité. Car tout cet argent vient en grande partie de tous ceux qui paient des impôts et des cotisations sociales.

Plus il y a de gens bénéficiant d'une allocation ou d'un travail de l'Etat, moins il y a de développement de la prospérité générale, et plus est grande la dépendance à la politique dominante.

Pour de nombreux Flamands, entre-temps émancipés, il est surprenant que l'opinion publique wallonne ne semble pas être convaincue que cette émancipation pour soi-même et sa région mène à davantage de prospérité. C'est pourtant exactement ce qui s'est passé ces décennies passées en Flandre. Mais cela ne vaut pas uniquement pour la Flandre, c'est également une caractéristique d'autres régions européennes du top. Un nombre toujours plus important de Flamands sont à présent en mesure de veiller au développement de leur propre prospérité. L'émancipation flamande génère principalement plus de prospérité flamande. Cela n'a été possible que par le développement de l'emploi dans le secteur privé. Et cela n'a pu se faire que grâce à la croissance de l'économie flamande. Moins il y a d'ingérence économique, plus il y a de possibilités de croissance. Et cela n'a vraiment rien ou peu à voir avec le fait de disposer ou non de ports (maritimes) comme certains veulent le faire croire. Un port maritime n'est pas une garantie d'économie forte. En revanche, une politique économique forte par laquelle les gens peuvent prendre eux-mêmes les rênes en main, soutenue par un Etat efficient avec une bureaucratie minimale, est une telle garantie.

Il faut, par ailleurs, mentionner qu'avec la bureaucratie croissante des dernières années, la Flandre aussi risque de prendre la mauvaise direction. Dans le nord du pays aussi, nous constatons que de plus en plus d'emplois sont créés par l'Etat... ou l'inverse de ce qu'il faut faire pour créer une prospérité durable pour tous les habitants. Le Flamand fait-il cela mieux que le Wallon ? Pas du tout. Quelles que soient les différences de culture, génétiquement, les Flamands ne sont pas plus dynamiques, plus intelligents ou plus entreprenants que les Wallons. Nous connaissons suffisamment d'entrepreneurs wallons et bruxellois enthousiastes qui prouvent chaque jour qu'il n'y a pas de différences.

Les autorités (régionales) ne peuvent pas créer elles-mêmes des emplois durables, des entreprises et de la valeur ajoutée. Ce sont les citoyens, comme partout, qui doivent le faire eux-mêmes. Les autorités doivent toutefois à cette fin garantir un climat dans lequel celui qui travaille et celui qui donne du travail soient récompensés et soutenus sans faire croire aux citoyens que les hommes politiques vont solutionner les problèmes à leur place.

Pour revenir à la question de savoir si une régionalisation valable et réfléchie est indispensable pour la prospérité de tous les Belges, la réponse est donc positive. A la condition que vienne une redistribution des compétences qui donne aux Régions et surtout aux responsables politiques dans les Régions la responsabilité de ce qu'ils font ou ne font pas. A condition aussi que vienne en même temps une coopération solide et étroite entre ces mêmes Régions. C'est possible en formulant des objectifs en commun, en échangeant des stratégies de gestion et en les évaluant notamment en matière d'emploi, d'environnement, d'aménagement du territoire, mais chaque fois sur base d'une autonomie adulte, d'un voisinage bien perçu dans l'intérêt de tous et des accords clairs au niveau fédéral dans l'intérêt de tous.

C'était d'ailleurs une des conclusions du professeur Bea Cantillon dans son analyse de la régionalisation. Davantage de véritable responsabilité pour les Régions signifie tenir compte davantage de leurs droits mais aussi de leurs obligations et en être soi-même responsable.

Il va sans dire que la solidarité entre les citoyens et les Régions ne doit pas être oubliée. La Wallonie est le principal client de la Flandre et vice-versa. En outre, personne ne veut de concurrence sociale ou déloyale entre les Régions. A terme, personne n'en tirera avantage, et certainement pas les entrepreneurs. Davantage de responsabilité pour les Régions est le seul avenir pour une Belgique fédérale dans l'intérêt de chaque Belge, jeune ou vieux, aisé ou pauvre, autochtone ou nouveau Belge, Flamand, Bruxellois ou Wallon, francophone, néerlandophone, germanophone ou parlant quelque autre langue que ce soit. Celui qui persiste à freiner ce processus joue le jeu de l'extrémisme et détruit précisément cette fameuse solidarité qui est si nécessaire. Pour tous les responsables de notre pays, il est de leur devoir de mettre tout en oeuvre pour que cette vraie solidarité fédérale ait toutes les chances d'aboutir. En tant que partenaire social, nous prendrons notre responsabilité à cet effet.