Opinions

Une opinion de plusieurs universitaires de l'ULB, UCL, UMons, ULg et USL-B (*)

Jeudi 17 mai 2018, Mawda Shawri, une petite fille née en Allemagne de parents fuyant le Kurdistan irakien pour rejoindre l’Angleterre, a été tuée par la police belge. L’enfant a reçu une balle dans la tête après que la police ait ouvert le feu sur une camionnette transportant des migrants près de Mons. Cet homicide est la conséquence de la répression des migrants "sans-papiers" organisée par le gouvernement actuel qui force les personnes qui fuient la guerre, la pauvreté et la répression à devoir prendre toujours plus de risques pour échapper aux forces de l’ordre et ainsi espérer construire un avenir de l’autre côté de la Manche.

Depuis, la famille Shawri a reçu un ordre de quitter le territoire ce qui fait qu’après l’enterrement de leur enfant, les parents devraient choisir entre poursuivre clandestinement leur route vers l’Angleterre, tenter d’introduire une demande d’asile chez nous qui n’a quasiment aucune chance d’aboutir ou accepter un rapatriement volontaire vers l’Irak. De leur côté, les parents de Mawda demandent de postposer l’enterrement prévu ce mercredi pour que puisse avoir lieu une enquête parlementaire indépendante et qu’ils puissent ainsi avoir l’occasion de défendre les intérêts de leur fille dans cette enquête.

Un droit de séjour pour la famille

Concrètement, la famille Shawri ne peut ni abandonner le corps de Mawda dans un cimetière belge et "continuer la route" ni rester en Belgique. Le président du CPAS de Mons où était logée la famille Shawri déclare que l’ "on se trouve donc dans une situation humanitaire d’urgence". Face à un gouvernement qui n’entend que la raison juridique nous rappelons que, en principe, toute demande d’autorisation de séjour de plus de trois mois doit être faite à l’étranger, auprès du poste diplomatique ou consulaire belge dans le pays d’origine de la personne qui fait la demande.

Toutefois l’article 9bis de la loi du 15 décembre 1980 relative à l’accès au territoire, au séjour, à l’établissement et à éloignement des étrangers prévoit en son article 9bis une dérogation à cette règle procédurale permettant, dans certaines circonstances, d’introduire la demande en Belgique lorsqu'une personne s’y trouve déjà, souvent en séjour précaire ou illégal. Si la personne séjourne déjà (irrégulièrement) en Belgique et qu’il lui est impossible ou très difficile de retourner dans son pays d’origine, elle peut introduire sa demande en Belgique pour circonstances exceptionnelles.

Nous nous trouvons clairement dans une situation de ce type. L’autorisation de séjour pour raison humanitaire ressort en principe du pouvoir discrétionnaire du Secrétaire d’État à l’asile et à la migration. Dans la pratique, c’est l’Office des étrangers qui décide si un étranger peut ou non séjourner en Belgique. C’est pourquoi nous exigeons du directeur de l’Office des Étrangers qu’il accorde dans les plus brefs délais un droit de séjour à la famille Shawri pour raison humanitaire. Ce droit de séjour permettrait également, selon le souhait de la famille, que la justice puisse être rendue à Mawda via une enquête parlementaire indépendante.


-> Les signataires de ce texte appellent également à rejoindre le rendez-vous donné aujourd’hui, mercredi 23 mai, à 17h30 ainsi qu’à 22h00 devant le Palais de Justice de Bruxelles dans le cadre de la campagne : « Mawda : Justice et Vérité »


(*) : Cette opinion est signée par Universitaires: Isabelle Stengers, philosophe; Vinciane Despret, philosophie (ULG); Matéo Alaluf, professeur honoraire de l’ULB; Raphael Gely, prof. Philosophie, USL-B; Corinne Gobin, politologue, ULB; Nouria Ouali, chargée de cours à l’ULB; Olivier Servais, professeur (UCL); Jacinthe Mazzocchetti, professeur (UCL); Sarah Demart, chargée de recherches, Observatoire du Sida et des Sexualités, université saint-louis Bruxelles; Charlotte Pezeril, directrice de l'Observatoire du sida et des sexualités (USL-B); Jean Vandewattyne, chargée de cours (UMONS); Emmanuelle Bribosia, Directrice du Centre de droit européen, ULB; Xavier Briké, anthropologue (UCL/LAAP); Benedikte Zitouni, Sociologue, USL-B; Bambi Ceuppens, anthropologue (MRAC, KASK); Vincent Engel (Professeur UCL); Katrin Solhdju, Chercheur qualifié du FNRS et chargée de cours à l'université de Mons.; Jean-Claude Deroubaix, sociologue, UMONS; Elsa Roland, Sciences de l’Éducation (ULB); Martin Deleixhe, Politologue, USL-B; Sophie Klimis, philosophe, USL-B; Youri Lou Vertongen, politologue, USL-B; Juliette Woitchik, sociologue, USL-B; Maryam Kolly, sociologue, USL-B; Véronique Clette-Gakuba, chercheuse à l’Université libre de Bruxelles; John Nève, CEREC, USL-B; Pascal Durand, Professeur ordinaire, ULg; Isabelle Ferreras, professeur UCL, chercheure qualifiée FNRS; David Jamar, professeur en sociologie (UMONS); Robin Brettar, Philosophe (KuL); Guy Lebeer, sociologue (ULB); Marie-Soleil Frère, Directrice de recherche au Fonds national de la Recherche scientifique; Thomas Hausmann, sociologue, METICES-ULB; Zakaria Ghazoui-Schaus RCMG-UGent; Arnaud Watlet, docteur en sciences de l'ingénieur, UMONS; Véronique Clette-Gakuba, Chercheuse (Innoviris-Prospective Research for Brussels), Centre de recherche METICES; Valentina Marziali sociologue (ULB); Julien Pieret, Professeur chargé de cours, Faculté de droit et de criminologie de l’ULB; Heidi Mercenier, chercheuse, Université Saint-Louis Bruxelles; Christine Guillain, Professeure de droit, USL-B; Serge Deruette, professeur en Sciences Politiques à l’Université de Mons; Joël Girès, assistant en sociologie, ULB; Gilles Biaumet, politologue, USL-B; Chloé Thomas, politologue, USL-B; Dan Van Raemdonck, Professeur de linguistique française (ULB); Vella Graziella, anthropologue, ULB; Bambi Ceuppens, anthropologue (MRAC, KASK); Cécile Piret, chercheuse (ULB, METICES); Géraldine André, Chercheuse Postdoctorale IES-VUB, Chercheuse associée GERME-ULB; Fernanda Vilar, chercheure Université de Coimbra, groupe MEMOIRS; Pierre Lannoy, professeur, facultée de Philosophie et Sciences Sociales (ULB); François Thoreau, chercheur (ULiège); Leila Mouhib, Docteur en sciences politiques (ULB); Christian DONGMO, Chargé de projets, observatoire du sida et des sexualités, USL-B; Thibaud Deleixhe, Doctorant de l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales; Marie-Sophie Devresse, Professeure de criminologie à l'UCLouvain; Martin Vander Elst, anthropologue (UCL, LAAP). Associatifs et militants : Mireille-Tsheusi ROBERT, présidente de Bamko asbl; Nordine Saïdi, Militant Décolonial; Dyab Abou Jahjah (Parti Be.One); David Murgia, acteur; Olivier Mukuna, journaliste et essayiste; Anne Wetsi Mpoma, historienne de l’art; Fabrizio Terranova, cinéaste; Oliviero Aseglio (RainbowHouse); Rosa Gasquet, metteur en scène, chargée de projets à Lezarts urbains asbl; Nicolas Pommier, anthropologue/documentariste, Bruxelles; Grégor Chapelle, directeur général d’Actiris; Mathieu Bietlot, Actrices et acteurs des temps présents; Joëlle Sambi Nzeba, Solola Bien; Laurence Vielle, poétesse nationale 2016-2017; Ariane Herman, libraire; Monique Mbeka, cinéaste; Khadija Senhadji, socio-anthropologue, militante; Martin Lamand, Juriste; Bruxelles Panthères; United Stages. Citoyens : Graziella Cutaia; Beatriz Camargo; Pascaline Adamantidis; Alsira Angulo; Paul d’Artet; Julie Daliers; Tanju GOBAN; Anais Carton; Massimo Bortolini; Marc André; Jacqueline Verlinden; Sarah Belafki; Mohamed Belafki; Judith Hassoun.