Opinions
Une opinon d'Hugo Stabel, commissaire divisionnaire e.r.


En Angleterre, ils sont hautement estimés et utiles. En Belgique, nous sommes toujours en retard.


L’idée de mettre en œuvre des volontaires dans la police n’est pas neuve. J’ai personnellement fait la connaissance de ce phénomène dans les années 1980, lors d’une semaine d’études auprès de la Kent Police. En Grande-Bretagne, le "community service" existe effectivement depuis la Seconde Guerre mondiale.

Qui sont-ils, ces volontaires ? Ce sont des pensionnés, des gens actifs avec du temps libre, des hommes, des femmes, des jeunes qui, avant de s’engager dans la police, veulent découvrir le travail policier.

Quelle est la philosophie du système ? Des citoyens veulent rendre service à la société dans laquelle ils vivent, pendant quelques heures par semaine. Les candidats sont recrutés, reçoivent une formation courte adéquate, prêtent serment, portent l’uniforme et ont un pouvoir policier restreint. Le plus souvent, ils sont affectés à la surveillance du trafic et à l’accompagnement des écoliers près des écoles lors des heures de pointe. Mais ils sont également de service dans le "community service", le service îlotier dans lequel ils font des patrouilles à pied, entretiennent des contacts avec les citoyens, interviennent pour des petits problèmes de quartier. En cas de nécessité, ils font appel à leurs "collègues réguliers". Bien sûr ils ne travaillent pas seuls : ils sont sous la direction d’un officier qui les accompagne et les dirige. En Angleterre, ils sont hautement estimés, aussi bien par le public que par la police même. A l’époque, j’ai plaidé pour un service pareil chez nous, mais en vain.

Pourquoi inventer l’eau chaude ? Encore aujourd’hui, l’on peut apprendre pas mal de choses de l’Angleterre en matière policière, certainement au niveau de la philosophie. Depuis les années 1960, la police y est organisée au niveau des County’s, plus ou moins comparables aux provinces belges. La même chose d’ailleurs en Allemagne où la police est organisée au niveau des Bundesländer, depuis la fin des années 1960.

La réorganisation policière belge date de 2002, après pas mal de scandales et de tragédies. Aujourd’hui, petit à petit, l’idée que les zones policières actuelles sont trop petites pour mener une politique de police adéquate fait son chemin.

A l’étranger, des politiciens et des responsables de police regardent avec de grands yeux l’organisation policière dans la région bruxelloise où l’on repousse l’idée de fusionner les différentes zones sous prétexte que la police s’éloignerait alors de la population.

Le contraire est précisément démontré à Londres (corps de police d’environ 25 000 personnes, personnel civil non compris). Une police de quartier n’a rien à voir avec une structure, mais bien avec la philosophie et l’attitude d’un corps. Ce n’est pas pour rien qu’en Angleterre, on a changé il y a des décennies le nom "Police Force" en "Police Service" et croyez-moi, cela ne s’est pas arrêté au changement de nom.

Comment se fait-il qu’en Belgique, nous soyons toujours en arrière en matière de sécurité ? Pourtant déjà en 1979 à la Chambre, le ministre de la Défense (à l’époque le responsable politique de la Gendarmerie) déclarait : "Nous serons en effet obligés de mieux coordonner les différents services de sécurité." Et le ministre de l’Intérieur disait en 1988 que la faute du manque de coordination ne se trouvait pas dans les services de police, mais auprès des autorités responsables et que, de ce fait, il ne fallait pas s’étonner que la police elle-même essayait d’y remédier.

Il y a deux siècles, Mgr Depradt, diplomate de Napoléon, a écrit : "Le Belge est borné au cercle étroit de ses localités propres. Le Belge, dépourvu de curiosité, stationnaire dans un état heureux, ne porte ni intérêt, ni curiosité à ce qui se passe hors de chez lui…" Mots prophétiques en matière d’organisation de sécurité, et partiellement toujours valables aujourd’hui.