Opinions

Une opinion de Benoît Gérard, Diana Dolce, Frédéric Fiévé, Eva Kongs et Pieter Fannes, au nom du collectif citoyen 1030/0.

Dans une tribune parue ce 8 octobre dans La Libre, Philippe F, un "conducteur mécontent" et anonyme, s’insurge contre l’instauration récente de zones 30 dans certaines communes bruxelloises. Selon lui, ce dispositif occasionnerait plus de pollution et ne présenterait aucun avantage si ce n’est d’avoir "le temps de regarder le paysage, les panneaux publicitaires, les jolies filles ou de faire quelques SMS". Cette caricature grotesque, également largement véhiculée par le lobby du "tout à la voiture", est à mille lieues de la réalité.

Il s’agit d’une règle élémentaire de sécurité routière, mais on ne la rappellera jamais trop : plus la vitesse est élevée, plus le risque d’accident est grand et plus les conséquences de celui-ci sont graves. Petite démonstration chiffrée : si une voiture renverse un piéton à 50 km/h, le piéton décédera dans 50% des cas. A 30 km/h, ce chiffre est réduit à 5%. Rouler moins vite permet aussi d'anticiper les dangers sur la route et d’éviter les collisions. Selon Vias, l'Institut belge pour la sécurité routière, le nombre d’accident avec blessés ou tués a diminué de 25% dans les communes en zone 30 et de 40% pour les accidents graves et mortels.

Les temps de trajet ne sont pas allongés

Autre constat : le 30 km/h n’allonge pas les temps de trajet et améliore la qualité de l’air. En effet, en ville, la vitesse moyenne d’une voiture est d’environ 15 km/h. Le seul changement pour les automobilistes en zone 30, c’est la nécessité d’adopter une vitesse constante ; tout bénéfice pour la qualité de l’air puisque ce sont surtout les brusques freinages suivis d’accélérations qui polluent. A Berlin, par exemple, depuis que les grands axes ont été inclus dans la zone 30, en 2018, on constate une nette diminution de la pollution de l’air. Par ailleurs, l’amélioration de la sécurité routière permet d’encourager les déplacements à pied et à vélo, réduisant ainsi la part modale de la voiture et donc la pollution. Enfin, limiter la vitesse à 30 km/h, c’est aussi réduire la pollution sonore dans les quartiers de 3 à 4 décibels.

Certes, décréter une zone 30 ne suffit pas et il faut prévoir des aménagements physiques, des contrôles plus stricts et des plans de mobilité pour réduire le trafic de transit. Si toutes ces conditions sont réunies, les résultats peuvent être impressionnants. C’est le cas notamment à Gand, qui enregistre une diminution de 20% de la pollution de l’air et de 25% du nombre d’accidents.

La zone 30 généralisée apporte plus de sécurité routière et de qualité de vie. Ce modèle rencontre un succès croissant dans les centres villes, en Belgique (Gand, Louvain, Malines), mais aussi dans toute l’Europe (Lyon, Grenoble, Strasbourg, Stuttgart, Amsterdam, Munich, Barcelone, Genève, et bientôt Paris, en 2020). Pourquoi les Bruxellois devraient-ils s’en priver ?