Opinions
Lettre ouverte du député MR Alain Destexhe à Bernard De Vos, Délégué aux droits de l'enfant.



Monsieur le Délégué aux droits de l'enfant,

Monsieur De Vos,


Vous n'avez pas apprécié mon post "malencontreux" sur les familles Roms squattant depuis plusieurs semaines à la Porte d'Anderlecht dans des conditions d'hygiène déplorables et qui donnent, j'insiste, une image désastreuse de la ville.

Votre commentaire, posté sur mon mur Facebook, se situe uniquement sur le terrain de la morale où, je dois l'avouer, vous excellez. Permettez-moi de vous dire que je n'accepte pas vos leçons.  Après avoir exploré votre site,  je suis en désaccord avec la plupart de vos prises de position. Il est un peu trop facile, à partir d'un titre ronflant (mais qui prête tout de même à sourire) de distribuer les bons et les mauvais points sans avoir de comptes à rendre à personne.

Ainsi, je n'apprécie pas votre initiative  "Quand la Syrie parle aux jeunes" visant à "essayer de comprendre" le départ de jeunes Belges vers la Syrie. Selon vous, "ce travail devrait également permettre de mettre en lumière certaines réalités socio-politiques vécues dans notre pays qui peuvent expliquer la radicalisation de l’attitude de certains jeunes dans la foulée du conflit syrien (questions de lien social, de système scolaire, de prévention générale, d’intégration, de logement, de politiques de la jeunesse, culturelle et autres)". Ce serait donc de notre faute s'ils se radicalisent et vont se battre en Syrie ! CQFD !

Je réprouve également votre opposition à l’abaissement à l’âge de 14 ans pour l’application des sanctions administrative communales, voté à une large majorité par la représentation nationale. A 14 ans, un jeune ne saurait-il pas qu'il est interdit de taguer, de jeter des détritus en rue, de réveiller les gens le soir, d’uriner ou de cracher en rue ?

Je n’apprécie pas non plus votre opposition systématique à  l'enfermement des mineurs, que ce soit en prison ou dans ces quasi hôtels que sont les IPPJ. Ainsi, selon vous, la capacité de l’enfermement à remplir son objectif de protection de la société est contestable et, selon vos propres termes, « la prison ne guérit pas, ne dissuade pas, ne soigne pas. L’enfermement est trop souvent considéré comme étant la solution première aux problèmes sociaux, économiques, culturels, … de notre société, là où c’est la prévention et une action politique volontariste qui devraient être mobilisées" .

Je me demande comment vous allez expliquer cela à mon amie Rose, dont le fils de 19 ans a été assassiné d'un coup de couteau il y a quelques mois par un mineur. Chère Rose, le délégué aux droits du meurtrier de ton fils (lui n'en a plus) te demande de comprendre qu'il doit être remis en liberté et suivi psychologiquement car, s'il lui a porté un coup de couteau fatal, c'est à cause des problèmes socioculturels dont souffre notre pays !


"La sinécure financière trop confortable que les pouvoirs publics ont bien voulu vous octroyer..."

Par ailleurs, je ne crois pas non plus que nos gouvernants puissent solutionner en Belgique le problème des Tsiganes de Slovaquie ou en Roumanie. Il s'agit de pays de l'Union Européenne que vous traitez de façon bien condescendante.  Je ne pense pas que ce problème puisse être compris sous l'angle de la seule victimisation et je ne suis pas choqué qu'ils soient renvoyés dans leur pays d'origine. Bouchez-vous les oreilles si vous voulez, mais je pense que les Tsiganes ont une part de responsabilité dans leur situation. J'ai visité des villes de Tsiganes en Slovaquie. Il est trop facile de mettre en accusation les seules autorités de ces pays.

"Les contribuables financent, malgré eux, une myriade d'associations qui les combattent au quotidien et participent à fragiliser la paix dans leur société" : cette phrase de Malika Sorel s'applique parfaitement, je crois, à ce que vous représentez.

Enfin, j'ai sauvé la vie de centaines d'enfants, notamment au Soudan où, avec mon équipe, nous en sauvions quotidiennement des dizaines pendant la famine d'Ethiopie. Je l'ai fait comme bénévole de MSF. Aussi, je n'accepte pas vos leçons de morale données à partir de la sinécure morale et financière trop confortable que les pouvoirs publics ont bien voulu vous octroyer.

Que des enfants dorment dans la rue à Bruxelles à l'été 2013, je trouve cela déplorable, mais je ne "culpabilise" pas pour autant. Peut-être, comme le propose sur Facebook l’un des ces internautes que vous aimez tant vilipender, pourriez-vous accueillir quelques-uns de ces réfugiés chez vous, par solidarité et humanisme ?


Alain DESTEXHE

Député MR