Opinions

Une opinion d'Alain Destexhe, sénateur MR et auteur de "Syndicats, enquête sur le plus puissant lobby du pays".

Les échauffourées qui ont suivi la grande manifestation syndicale de jeudi dernier posent un grand nombre de questions malheureusement toujours sans réponse.

D’abord du côté syndical. Pourquoi des syndicats aussi puissants et avec une telle capacité de mobilisation n’ont-il pas prévu un service d’ordre adapté ? Etaient-ils si confiants dans le fait que la manifestation se déroulerait dans une atmosphère bon enfant ? On n’a, par ailleurs, vu aucun leader syndical tenter de calmer les émeutiers. Et pourquoi ne pas simplement présenter des excuses pour les débordements intervenus dans le cadre de cette manifestation ?

Les dockers … de la FGTB

Le rôle de dockers d’Anvers mais aussi de Gand. Le syndicat des dockers d’Anvers est affilié à la FGTB, cela n’a pas été assez souligné. A ce titre, pourquoi la FGTB, contrairement aux autres syndicats, refuse-t-elle d’identifier les auteurs de violence ? Ne s’agit-il pas d’une forme de complicité ? Seul le syndicat libéral condamne les débordements. Pas un mot par contre sur les sites de la FGTB et de la CSC.

111 policiers blessés, du jamais vu !

Les images, d’une violence inouïe, ressemblaient davantage à celles que nous sommes habitués à voir au Moyen Orient que dans la capitale de l’Europe. Le dispositif policier était-il vraiment adapté ? 111 policiers blessés ! Peut-on s’arrêter une seconde sur ce chiffre ? Où en Europe a-t-on vu un tel bilan chez les forces de l’ordre à l’issue d’une manifestation ? J’ai été choqué par ces images de policiers en première ligne, visiblement sans équipement de protection adéquat, face à ces bandes de sauvages. Le « combat » était visiblement déséquilibré.

Depuis quand y a-t-il plus de blessés parmi les policiers que chez les manifestants (dont le nombre de blessés est étrangement passé sous silence) ? Est-il normal de prendre autant de coups sans riposter ? Enfin, on constate qu’il y avait différents postes de commandement : au moins celui de la Ville de Bruxelles et celui de la zone du midi. Il y avait aussi des policiers fédéraux et ceux de la zone Montgomery. La cohésion était-elle optimale ? Cette organisation à partir de zones de police autonomes est-elle adaptée à une manifestation d’une telle ampleur ?

Le rôle d’Yvan Mayeur et de l’Etat major

Le rôle d’Yvan Mayeur. Quoi qu’il en dise, Yvan Mayeur a été pris en flagrant délit de mensonge puisqu’on le voit au milieu de manifestants, ce qui n’a aucun sens quand on dirige en parallèle les opérations de police. Mais la polémique avec les syndicats policiers doit être éclaircie. On ne peut pas laisser une question avec de telles conséquences humaines (111 blessés !) sans réponse.

Yvan Mayeur ou les autorités de la zone de police Bruxelles-Ixelles ont-elles pris la mesure de la situation réelle des policiers de la zone du midi ? Mayeur a-t-il vraiment interdit de procéder à des arrestations administratives ? 43 seulement, un chiffre presque dérisoire pour de telles émeutes, bien moins que le nombre de policiers blessés ! A titre de comparaison, fin 2013, une manifestation de 700 personnes contre l’austérité imposée par l’Europe avait donné lieu à pas moins de 50 arrestations !

Le rôle de l’extrême droite et pas de l’extrême gauche ?

Le rôle de l’extrême droite et de l’extrême gauche. La tentative de faire porter le chapeau à l’extrême droite à partir de l’identification de 2 (sic) militants a, en partie, porté ses fruits. Peut-on pourtant sérieusement croire que les dockers FGTB du port d’Anvers soient infiltrés par l’extrême droite ? Rappelons que la plupart des manifestations violentes en Europe ces dernières années impliquaient plutôt l’extrême gauche. Et celle-ci aurait été absente cette fois ?

Des syndicats juridiquement irresponsables

On apprend que les syndicats portent plainte. Rappelons que, dans le cas contraire, personne ne peut porter plainte contre les syndicats organisateurs de cette grande manifestation car ils n’ont pas de personnalité juridique. Entreprises, ASBL, ONG, partis politiques en sont pourtant eux désormais dotés. Seuls les syndicats y échappent encore. On peut comprendre que la Suédoise, qui comprend un parti très proche d’un puissant syndicat, n’ait pas voulu franchir ce pas que les syndicats auraient interprété comme une déclaration de guerre. Il n’empêche que cela constitue désormais une singularité belge et une anomalie démocratique.

Qui paiera ?

Qui va payer pour les blessés et les dégâts ? Ne nous y trompons pas. Le dommage réel s’élève probablement à plusieurs millions d’euros. Quand on a des blessés, on parle de soins coûteux, d’incapacité de travail et de remplacement d’effectifs. De dommage moral aussi. Même si cela fait partie de leur métier, certains policiers en seront traumatisés. Sommes-nous nombreux à avoir ressenti une grande empathie pour ces hommes courageux ? Ne nous faisons pas d’illusions. Seuls quelques émeutiers seront jugés et condamnés. Personne ne réparera pour autant le dommage individuel. Sauf peut être le contribuable, cette éternelle vache à lait. Les syndicats disposent pourtant, en toute opacité, de colossales réserves financières.

Beaucoup, beaucoup trop de questions restent sans réponse.

Contribution lecteur