Dieudonné fustige le communautarisme

Propos recueillis par Cédric Petit Publié le - Mis à jour le

Opinions

Pensez-vous, après coup, que votre intervention chez Fogiel était un sketch réussi?

Oui, l'idée d'aller exciter le sentiment communautariste, c'était plutôt une bonne idée. Après est-ce que ça a été fait dans les règles de l'art, c'est peut-être le seul reproche que je m'adresse. Mais la question, c'est: peut-on critiquer la politique d'Israël et d'Ariel Sharon? J'ai été, en tout cas dans l'humour, le premier à le faire. On y va à tâtons, mais je pense que c'est une très belle aire de jeux. Installer de la dérision dans un climat de guerre, c'est je pense de salubrité publique.

Qu'est-ce que j'ai fait? J'ai dit: « Vous n'êtes pas juifs, vous n'êtes pas catholiques, vous n'êtes pas musulmans, vous êtes Français». La politique israélienne, c'est autre chose. La bêtise humaine forme la matière première de l'humoriste et ce mur dans le désert, par exemple, est l'expression parfaite de la bêtise humaine. Tout ce que je fais, c'est la récupérer pour en rire. Je me moque aussi des intégristes islamistes et de ces fous qui au nom de Dieu vont se jeter contre des tours.

Mais ne craignez-vous pas d'exacerber la haine raciale?

Il faut justement en rire, s'amuser avec ses différences. Je ne suis pas persuadé qu'aujourd'hui il faille être frileux du religieux. C'est un peu la ligne que s'est fixé le gouvernement en France, qui développe des mouvements de Musulmans de France, des groupes religieux dans un univers politique. Ça, c'est très dangereux. Il y a eu séparation de l'Eglise et de l'Etat, en France, et j'espère que ça va continuer. Le retour des religieux est très impressionnant. L'idée même de parler d'Israël fait que vous êtes tout de suite traité d'antisémite. Et ça suffit. On est nombreux à le penser en France et nombreux sont ceux qui me soutiennent. Un sondage va paraître en France : 62 pc des gens ne sont absolument pas choqués par ce que j'ai pu dire.

Qui l'est alors ?

L'extrême droite juive. Et cela n'empêche pas que beaucoup de gens dans la communauté juive me soutiennent. Règne aujourd'hui une grande frilosité dans cette communauté. Du coup, chacun se sent obligé de consacrer à Israël un traitement particulier. Moi je crois pas. Je pense qu'il faut rire de tout.

Comment analysez-vous la volte-face de Jamel ?

Ses pôles d'intérêt ne sont pas les mêmes que les miens. Je m'intéresse peut-être un peu plus à la géopolitique que lui mais il y viendra, et il arrivera aux mêmes conclusions que moi, c'est-à-dire qu'il faut arriver à rire de tout. Ce procès qui m'est fait par l'extrême droite israélienne ne me concerne pas. Ils peuvent le faire en Israël, me faire condamner par contumace. Mais ici je suis en France, un pays démocratique, il y a eu une séparation de l'Eglise et de l'Etat. Juif ça n'existe pas face à la loi, donc la loi jugera si je m'en prends à un individu ou à une religion. Ici en l'occurrence, je ne m'en suis pas pris à une religion, mais à un Etat étranger.

Etes-vous comme vous dites victime d'un «lynchage médiatique» et d'un complot?

Au niveau médiatique, je sais que je ne suis pas invité dans les émissions d'Arthur, parce qu'il soutient l'armée israélienne de Tsahal. Moi j'ai dit non, donc je constate que je ne peux plus faire ma promo dans les émissions produites par Endemol. C'est une réalité, mais je ne pense pas qu'il y ait un complot contre moi, je ne suis pas dans ce discours qu'on prête en général aux antisémites. Le racisme est partout, notamment en Israël envers les Noirs.

Est-ce alors la couleur de votre peau qui vous vaut ces condamnations multiples?

Oui, je n'aurais pas eu autant de réactions si j'avais été Blanc. Il existe des racines dans ces mouvements religieux extrêmement racistes envers les Noirs. C'est ensemble qu'il faut se battre contre le racisme. Je plaide pour un malentendu. Mon discours est universaliste.

Etait-ce un personnage?

Mon métier c'est l'humour. Dans ce cadre-là, c'était Dieudonné en train de jouer un personnage. Je vois pas pourquoi je m'interdirais de rire du mec qui a tué Rabin - qui était un homme de paix. Personne pour moi n'est juif ou musulman. Il n'y a que des humains qui ont l'impression de vivre dans une communauté. Je ne m'en suis jamais pris aux individus et aux humains. Au leurre religieux et des nations, oui. Là-dessus, j'ai peut-être été maladroit ou me suis mal fait comprendre. Il faudra y retourner avec plus d'habileté.

Vous teniez le même genre d'humour avec Elie Semoun. N'est-ce pas plus délicat dans le climat actuel?

On veut cristalliser autour de moi la montée de l'antisémitisme. Il n'y a pas de montée de l'antisémitisme. Il y a une crise du religieux et du spirituel. Beaucoup de juifs s'interrogent: qu'est-ce qu'être juif aujourd'hui. Pour moi ça ne veut plus rien dire, comme être musulman ou chrétien. Aujourd'hui, il y a des êtres humains, avec une histoire, celle de l'humanité. J'entretiens et tout à fait consciemment le malaise sur la notion de communautarisme, parce que je pense que c'est une notion dépassée.

© La Libre Belgique 2004

Propos recueillis par Cédric Petit

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